Lorsque la France présente la conquête de l’Indochine en 1858, elle ne la présente pas comme une simple conquête. Elle la présente comme une « nécessité » pour ses intérêts commerciaux. [1] L’expansion française en Asie doit offrir à la France de nouvelles routes maritimes vers la Chine, de nouveaux débouchés commerciaux et renforcer la place française dans la compétition impériale avec l’Angleterre. Cependant, la conquête coûte cher et les investissements sont massifs. La rentabilité de l’économie coloniale en Indochine est donc obligatoire. L’histoire de l’Indochine française montre en réalité que la colonisation relève moins d’un pari économique que d’un pari impérial.
Les objectifs de la conquête de l’Indochine
En 1858, la France de Napoléon III conquiert un territoire situé au sud de l’empire vietnamien : le Dai Viêt. Selon l’historienne Phi-Van Nguyen, l’objectif initial de la France est « d’avoir l’équivalent de ce que Singapour offre aux Britanniques, c’est-à-dire une base pour établir un commerce en Asie du Sud-Est, mais aussi une escale pour cette route vers le marché chinois ». [2]
Lors de cette période, la France présente cette expansion avec trois avantages. Le premier est l’accès à la Chine. Conquérir l’Indochine permettrait de rechercher de nouvelles routes maritimes de commerce, notamment par le Mékong puis par le chemin de fer du Yunnan qui est un moteur central. [3] Le deuxième est l’intérêt industriel. Cette partie du globe est riche en ressources (charbon, caoutchouc, thé, poivre etc.), ainsi la conquête est soutenue par des pôles économiques tels que la Chambre de commerce de Lyon qui voit à travers cela des racines pour l’impérialisme français. [4] Enfin, la marine marchande car l’expansion impériale française est liée aux besoins de la marine marchande. [5] Entre 1858 et 1867, la France prend le contrôle du bassin inférieur du Mékong comme voulu, en parallèle des provinces méridionales du Dai Nam (Vietnam actuel) et du royaume du Cambodge. [6] Pendant quinze ans, entre 1867 et 1882, la France subit de lourds changements avec la guerre franco-prussienne et la tentative d’occuper le nord du Vietnam en 1873 est un échec. [7]
Lorsque la France reprend des forces, elle retente l’expédition dans les années 1880. Le nord et le centre du Vietnam ainsi que les États lao deviennent des protectorats français et l’Union indochinoise est créée en 1887. Parallèlement, la France commence à établir une zone d’influence dans les provinces du sud de la Chine (Yunnan, Guangxi et Guangdong). [8]
Le budget global de la conquête et les investissements français en Asie

La France a réalisé de nombreux emprunts coloniaux et a investi massivement tout au long de la période Indochinoise. L’objectif était de mettre en valeur les ressources de l’Indochine, tant par les fonds publics que privés. [9]
Lors des premières années de la colonie, les premiers équipements commencent avec 426 millions de francs-or d’investissements publics et 492 millions de francs-or d’investissements privés. Ces fonds permettent la création de ports, le développement des mines de charbon et de l’industrie cotonnière. [10] Dans les années 1920, on note une accélération du fait de l’afflux d’investissements privés qui représentent un total de 3 160 millions de francs. [11] Cependant, l’État a dû réaliser des emprunts coloniaux à hauteur de 1 400 millions de francs, notamment pour financer 3 372km de réseau ferroviaire en 1938 et 27 441km de réseau routier. [12]
Le fait d’investir en Indochine permet de moderniser les pratiques économiques, d’introduire de nouvelles normes et exigences pour le travail industriel ainsi que de développer les infrastructures pour faciliter l’insertion de la nouvelle colonie dans l’économie mondiale. [13]
La rentabilité de l’empire colonial pour la France
La rentabilité doit être mise en perspective avec les masses de capitaux injectés. On note donc une croissance quantitative importante, des secteurs de profit clés et l’apparition d’un secteur bancaire qui va soutenir l’exploitation des ressources indochinoises.
Selon les estimations de l’époque, l’Indochine a connu une croissance de production estimée à 50% entre 1899 et 1923. [14] La rentabilité se concentre majoritairement sur les secteurs des produits finis de consommation, représentant un total de 70% des importations de la colonie. [15] Par exemple, le riz devient un secteur de production capitaliste dans le sud du Vietnam en Cochinchine coloniale. [16] Les exportations de la colonie sont dominées à hauteur de 66% par le riz, bien que la houille représente 2% et le latex 1%. [17] Ainsi, avec ce commerce grandissant, la Banque de l’Indochine, créée en 1875, connaît une prospérité fulgurante. [18] Elle jouit d’un monopole de fait sur les émissions des billets et finance les travaux publics. En 1914, cette banque absorbe 16% des capitaux de l’empire colonial français. [19] De plus, la création des réseaux ferroviaires, notamment la ligne du Yunnan, permet à la France d’accéder au sud de la Chine et d’exploiter les richesses minières chinoises (étain, cuivre, argent). [20]
Cependant, malgré le fait que l’Indochine soit devenue un des principaux clients de l’économie française, on note un paradoxe important. La colonie est rentable pour les grandes sociétés qui y ont investi des capitaux telles que la Compagnie lyonnaise de l’Indochine, ou encore certains groupes d’investisseurs privés. Néanmoins, elle ne l’est pas équitablement pour tous les secteurs et pour l’ensemble de l’économie française à l’échelle publique. [21]
Références :
- https://shs.cairn.info/article/DEC_BROCH_2001_01_0025?lang=fr#s2n1
- https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/442366/indochine-france-colonie-exploitation
- https://shs.cairn.info/article/DEC_BROCH_2001_01_0025?lang=fr#s2n1
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- https://histoirecoloniale.net/l-indochine-francaise-la-guerre-d/
- Ibid.
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- Ibid.
- https://shs.cairn.info/indochine-la-colonisation-ambigue–2707134120-page-117?lang=fr
- Ibid.
- https://www.clio.fr/bibliotheque/bibliothequeenligne/les_francais_en_indochine_des_annees_1830_a_la_fin_de_la_deuxieme_guerre_mondiale.php?letter=A
- https://shs.cairn.info/indochine-la-colonisation-ambigue–2707134120-page-117?lang=fr
- https://www.clio.fr/bibliotheque/bibliothequeenligne/les_francais_en_indochine_des_annees_1830_a_la_fin_de_la_deuxieme_guerre_mondiale.php?letter=A
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.