Du Saint-Laurent aux Grands Lacs, de l’Acadie à la Louisiane, la Nouvelle-France a longtemps représenté les ambitions de l’économie coloniale française en Amérique du Nord. Cet empire colonial français qui s’étend entre 1534 et 1763 est immense pas son territoire mais petit par sa population. Il ne s’est pas construit sous le même modèle que l’empire britannique voisin. Pendant que l’Angleterre met en place des colonies de peuplement, agricoles et marchandes, le royaume de France tente de mettre en place un monopole commercial structuré autour des ressources naturelles et des liens avec la métropole.
La fourrure, le moteur de l’économie coloniale
Le mercantilisme appliqué en Nouvelle-France est un levier de richesse et de puissance pour la métropole française. Le commerce des fourrures dans cette colonie est principalement l’activité la plus lucrative car son rôle est triple pour le royaume de France[1]. Lors de l’année 1739 dans l’histoire du Canada, 79,9% des exportations canadiennes sont destinées à la France[2]. Ce qui prouve un lien étroit.
La France s’approvisionne en peaux dans sa colonie, principalement de castor. Ces matières sont ensuite expédiées en métropole pour être transformés en produits finis tels que le « chapeaux de feutre »[3]. Ces chapeaux sont ensuite vendus par le royaume de France à d’autres pays européens, ce qui permet au royaume de gagner de l’argent[4]. En retour, la Nouvelle-France est obligée d’acheter les produits manufacturés (vin, sel, textiles etc.) exclusivement au royaume de France[5]. La traite des fourrures est donc essentielle car elle représente 70% des exportations de la Nouvelle-France en 1740[6].
La doctrine du mercantilisme
L’économie de la Nouvelle-France est dirigée et encadrée par le royaume de France et ses compagnies à travers la doctrine du mercantilisme. C’est un système visant à enrichir la métropole en assurant une balance commerciale positive[7]. Cet encadrement se manifeste par un contrôle rigoureux des ressources, une limitation des initiatives industrielles locales et une dépendance commerciale quasi totale envers le royaume de France.
Le dirigisme de l’économie en Nouvelle-France s’est manifesté avec de manière frappante avec la Compagnie perpétuelles des Indes, créée en 1719. Elle est sous tutelle directe de l’État et dépend du Contrôleur général des finances[8]. Elle dispose de prérogatives normalement réservées au Roi (droit de conclure des traités, rendre la justice, battre la monnaie etc.). Elle domine surtout la traite de la fourrure. Elle représente le sommet du capitalisme commercial maritime de l’époque avec des bénéfices importants. La Compagnie a par exemple versé à ses actionnaires des dividendes de 41 millions de livres en 1731 et de 34 millions en 1740[9].
Outre la Compagnie perpétuelles des Indes, le royaume de France veut garantir son monopole et interdit toute industrie coloniale qui est susceptible de rivaliser avec la métropole. Un mémoire royal de 1704 précise d’ailleurs que « tout ce qui pourroit faire concurrence avec les manufacturiers du Royaume ne dois jamais estre fait dans les colonies »[10]. En 1717, la métropole ordonne par exemple la fermeture des fabriques de chapeaux de castor établies au Canada pour conserver son monopole[11].
Une concurrence franco-britannique
La rivalité franco-britannique en Amérique du Nord était souvent qualifiée de « seconde guerre de Cent Ans ». C’était une lutte globale pour la suprématie territoriale et économique[12].
On pouvait constater un fort déséquilibre de population entre la Nouvelle-France et les colonies britanniques. En 1750, on comptait environ un Français pour 30 Britanniques en Amérique du Nord. C’est-à-dire que la France comptait entre 70 000 et 90 000 personnes sur le continent tandis que les Anglais en comptaient 1,5 million[13]. Chacune des deux métropoles cherchaient à maximiser leurs profits. Il y avait une réelle guerre économique pour la traite des fourrures, notamment avec la colonie de New York. Entre 1713 et 1740, le commerce français avec les Amériques a enregistré une croissance de 650% contre seulement 150% pour le commerce britannique[14]. Les Britanniques offraient donc des produits manufacturés de meilleure qualité et à meilleur prix pour détourner les nations autochtones du réseau français. La principale différence était que le commerce britannique de New York était diversifié et triangulaire alors que celui du royaume de France était unilinéaire. Par conséquent, le commerce français au Canada était centré à 80% sur le royaume de France en 1739, ce qui rendait la colonie très dépendante et intégrée au système de la métropole[15].
Références
[1] https://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/activites-economiques/
[2] https://www.erudit.org/fr/revues/haf/1965-v19-n2-haf2052/302465ar.pdf
[3] https://www.alloprof.qc.ca/fr/eleves/bv/histoire/les-activites-economiques-en-nouvelle-france-h1142
[4] Ibid.
[5] https://sites.google.com/site/hececonomieetdeveloppement/c-effets-du-développement-économique-en-nouvelle-france-1608-1760/6-notes-de-cours-développement-économique-sous-le-régime-français
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] https://histoire-itinerante.fr/histoires-itinerantes/histoire-moderne/racines-rivalite-franco-anglaise-xviiie-siecle/
[9] Ibid.
[10] https://www.biographi.ca/fr/topics/topic-match-list.php?id=1566
[11] https://www.erudit.org/fr/revues/haf/1965-v19-n2-haf2052/302465ar.pdf
[12] https://histoire-itinerante.fr/histoires-itinerantes/histoire-moderne/racines-rivalite-franco-anglaise-xviiie-siecle/
[13] Ibid.
[14] Ibid.
[15] https://www.erudit.org/fr/revues/ae/1970-v46-n1-ae1806031/1003838ar.pdf
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Journaliste au Club du Patrimoine by Adomos.


