Abolition de l’esclavage en 1848 : quels effets économiques pour la France ?

Le 27 avril 1848, date connue pour être l’abolition définitive de l’esclavage en France lors du gouvernement provisoire de la IIe République. Le journaliste et député Français Victor Schoelcher a été l’investigateur de cette mesure en libérant plus de 250 000 esclaves. Cependant, cet évènement a profondément changé l’économie française et ses structures productives coloniales. Ce qui a posé un défi majeur à la France.

Le commerce triangulaire et ses origines

Depuis le XVIe siècle, la doctrine économique du mercantilisme a guidé la richesse et les décisions des nations. C’est une doctrine selon laquelle les richesses premières d’un État sont l’or et l’argent. [1] En suivant ce principe, la puissance de la France repose sur son stock d’or et de métaux précieux. Son enrichissement se fait également par son commerce extérieur et cela l’encourage à établir des comptoirs commerciaux dans ses colonies. Tout cela va mener à un système commercial très important pendant plusieurs siècles : le commerce triangulaire.

Pour la France, cela commence lors du règne de Louis XIV (1643-1715). Le Royaume de France va coloniser ce que l’on appelle les « Antilles françaises » (Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue). L’État prend désormais en charge l’exploitation de ces îles et on y retrouve différentes plantations : du coton, de la canne à sucre, du tabac ou encore du café. [2] Dans les années 1680, le Royaume de France privilégie désormais la main d’œuvre africaine qui coûte moins cher à la suite de l’effondrement du prix des esclaves. [3] Le système fonctionne et Saint-Domingue devient le premier producteur mondial de sucre au XVIIIe siècle. L’île produit 3 000 tonnes de sucres avec 30 000 esclaves. [4] La production atteint même jusqu’à 80 000 tonnes avec 500 000 esclaves en 1790. [5] L’État investit entre 35% et 60% de son capital dans ses exploitations agricoles. [6] Pour aboutir à une forme définitive de ce système, Louis XIV met en place le « Code Noir » en 1685.

Il est composé de 60 articles et va encadrer la méthode esclavagiste qui devient de plus en plus importante. [7] Pour le « commerce triangulaire », la France met en place quatre « ports négriers » : Nantes, La Rochelle, Bordeaux et Le Havre. Le commerce triangulaire regroupe trois continents : l’Europe, l’Amérique et l’Afrique. Les navires partent des ports en Europe avec des produits manufacturés (alcool, armes etc.) pour se rendre en Afrique où les européens échangent ces produits contre des esclaves d’Afrique. Les esclaves se rendent ensuite en Amérique par bateau et sont vendus pour y travailler. Une fois ces deux étapes de passées, les navires rentrent en Europe depuis l’Amérique avec les matières premières produites par le travail des esclaves (production sucrière, tabac, coton, rhum, café etc.). [8]

L’abolition de l’esclavage et ses conséquences économiques

L’abolition de l’esclavage et ses conséquences économiques

Vers la fin du XVIIIe siècle, l’opposition au système esclavagiste grandissait en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Des groupes se forment pour lutter contre l’esclavage et des révoltes ont lieu, comme à Haïti de 1791 à 1804. Toutes les nations n’aboliront pas l’esclavage au même moment. Après la Grande-Bretagne en 1833, s’en suit la France en 1848. L’abolition de l’esclavage n’a pas provoqué de catastrophe économique mais a provoqué une réorganisation de l’économie coloniale.

Tout d’abord, les anciens « maîtres » des esclaves sont devenus des patrons et les esclaves se sont transformés en « salariés contraints ». Avec la loi du 20 avril 1849, les anciens colons propriétaires d’esclaves ont touché une indemnisation d’environ 711,59 francs par esclave. [9] Par exemple en Guadeloupe, à La Réunion et en Martinique, le total des indemnités s’élève à environ 6 millions de francs. [10] Ces indemnités sont positives et facilitent la transition économique avec l’apparition du travail salarié. [11]

Pour calculer le montant nécessaire, on a estimé le salaire quotidien moyen à 75 centimes. [12] Le passage au travail salarial nécessitait de trouver des fonds de roulement plus important qu’auparavant. Il fallait donc doubler le capital variable, c’est-à-dire les liquidités nécessaires pour payer les salaires. Une somme que les colons ne pouvaient pas obtenir sans l’aide de l’État ou du crédit. [13] Cela amène donc à la création de nouvelles infrastructures bancaires pour chacune des colonies. En 1851 sont créées la Banque de La Réunion, la Banque de la Guadeloupe et la Banque de la Martinique. [14] Ces banques constituent le capital de la nouvelle Banque coloniale et disposent du privilège d’émettre du papier-monnaie pour le commerce. On retrouve une concentration du capital liée aux plus gros bénéficiaires de l’indemnité car 1/8 des 6 millions d’indemnités avaient été prélevés pour établir les trois banques. [15] Par exemple en Guadeloupe, les 150 plus forts indemnitaires totalisaient à eux-seuls 55,8% du capital de la banque. [16]

Pour résumer, l’abolition de 1848 a permis à l’État de mettre en place de nouvelles infrastructures financières capables de soutenir le système salarial du travail libre. Les anciens colons eux, se sont transformés en actionnaires et possèdent un pouvoir économique fort en lien avec l’État.

Références :

[1] Lien : https://www.alloprof.qc.ca/fr/eleves/bv/histoire/mercantilisme-et-commerce-triangulaire-notions-av-h1068

[2] Lien : https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/sciences-histoire-antilles-francaises-sucre-traite-esclaves-10623/

[3] Lien : Ibid.

[4] Lien : Ibid.

[5] Lien : Ibid.

[6] Lien : Ibid.

[7] Lien : https://www.assemblee-nationale.fr/histoire/esclavage/code-noir.pdf

[8] Lien : https://www.un.org/fr/events/slaveryremembranceday/2012/background.shtml#:~:text=Le%20«%20commerce%20triangulaire%20»,%2C%20coton%2C%20rhum%20et%20café.

[9] Lien : https://www.portail-esclavage-reunion.fr/documentaires/abolition-de-l-esclavage/apres-l-abolition/les-consequences-economiques-de-labolition-de-lesclavage-a-bourbon/

[10] Lien : https://www.erudit.org/fr/revues/bshg/1986-n67-68-bshg03482/1043814ar.pdf

[11] Lien : Ibid.

[12] Lien : Ibid.

[13] Lien : Ibid.

[14] Lien : Ibid.

[15] Lien : Ibid.

[16] Lien : Ibid.

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