En 1778, la France de Louis XVI entre officiellement dans la guerre d’Indépendance américaine aux côtés des insurgés des Treize Colonies. Le choix est stratégique : affaiblir l’Angleterre, le principal rival. En 1763, la France avait perdu la guerre de Sept Ans et avait subi une lourde humiliation avec le traité de Paris.
Soutenir les Américains est donc l’occasion rêvée pour une revanche. Mais cela a un prix… En finançant une guerre lointaine, coûteuse et menée largement à crédit, le royaume de France aggrave une dette royale déjà considérable. Quelques années plus tard, incapable de réformer son système fiscale, Louis XVI convoque les États généraux. Le coût de cette guerre au XVIIIe siècle a ainsi eu un coût immense dans l’histoire fiscale de la France : celui d’une crise financière qui accélère l’effondrement de l’Ancien Régime.
Les origines du conflit
Après la guerre de Sept Ans (1756-1763), l’Angleterre sort avec une dette très lourde. Londres estime d’ailleurs que les colonies américaines doivent rembourser. C’est le début d’une série de taxes imposées par la métropole. Les colons dénoncent surtout le fait qu’ils sont taxés par un Parlement où ils ne sont pas représentés. Au fil des années, la situation se durcit et Londres répond aux attentes des colons par des mesures punitives. En 1774 est créé le Premier Congrès continental pour coordonner la résistance des colonies puis les premiers combats éclatent en 1775. L’indépendance est proclamée par les Treize colonies le 4 juillet 1776 avec la Déclaration d’Indépendance. [1]
Une revanche française contre l’Angleterre
L’engagement du royaume de France dans la guerre d’Indépendance américaine en 1778 est une revanche stratégique et psychologique contre l’Angleterre, à la suite de la « cuisante défaite » de la guerre de Sept Ans. [2]
En 1763, le royaume de France avait perdu de nombreux territoires, dont la Nouvelle-France et certaines terres à l’est du Mississippi. [3] Le désir de vengeance est fort, notamment celui du marquis de La Fayette qui veut venger son père qui avait été tué par les Britanniques. [4] Le royaume de France va donc employer des moyens colossaux afin d’affaiblir son rival.
Une guerre financée par l’emprunt
Le soutien français lors de la révolution américaine s’effectue quasi exclusivement grâce à l’emprunt. C’est un choix stratégique effectué par le directeur général des Finances de l’Ancien Régime Jacques Necker pour ne pas augmenter la pression fiscale. [5] Contrairement à l’Angleterre, le royaume de France ne dispose pas de banque centrale. D’abord Directeur du Trésor à partir de 1776 puis directeur général des Finances dès 1777, Jacques Necker multiplie les emprunts, notamment sous forme de rentes viagères. [6] Le crédit du royaume est fragile à cause de ses défauts de paiement passés. Par conséquent, le royaume de France paye des taux d’intérêt deux fois supérieurs à l’Angleterre, oscillant entre 5% et 10%. [7] En parallèle des emprunts, l’État dépend de financiers privés tels quel les « fermiers généraux » qui prêtent à l’État les profits réalisés sur la collecte des impôts indirects. [8]
La méthode de Jacques Necker et de ses successeurs dans la gestion des finances publiques va davantage propulser l’État français vers une faillite plus importante. Entre 1777 et 1781, un montant total de 520 millions de livres est emprunté. [9] Ses successeurs emprunteront un total de 885 millions de livres supplémentaires. [10] Certaines sommes sont directement transmises à George Washinton et envoyées par navires. [11]
Une des principales causes de la Révolution française
Cette politique d’emprunt massif sans réforme fiscale conduit à un lourd endettement lors de la fin du règne de Louis XVI. Cela agit alors comme un accélérateur décisif de la chute de la monarchie française.
Dans ce conflit, l’État français a dépensé environ 2 milliards de livres à lui seul. [12] En 1789, la dette publique française représente 4,5 milliards de livres, soit 80% à 100% du PIB. [13] Le service de la dette absorbe alors près de 50% des recettes annuelles de l’État. [14] Cet état désastreux des finances encourage donc Louis XVI à réunir les États généraux en mai 1789 pour voter de nouveaux impôts. [15] Ce qui va être la goutte de trop pour les habitants du royaume…
Références :
- https://shs.cairn.info/histoire-des-etats-unis–9782130607366-page-63
- https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1955/implication-francaise-dans-la-guerre-dindependance/
- Ibid.
- https://www.geo.fr/histoire/les-dessous-meconnus-de-laide-francaise-aux-etats-unis-pendant-la-guerre-d-independance-227774
- https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1955/implication-francaise-dans-la-guerre-dindependance/
- https://droit.cairn.info/revue-revue-francaise-de-finances-publiques-2017-3-page-219?lang=fr
- Ibid.
- Ibid.
- https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1955/implication-francaise-dans-la-guerre-dindependance/
- https://droit.cairn.info/revue-revue-francaise-de-finances-publiques-2017-3-page-219?lang=fr
- https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k28194r.texteImage
- https://droit.cairn.info/revue-revue-francaise-de-finances-publiques-2017-3-page-219?lang=fr
- Ibid.
- Ibid.
- https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1955/implication-francaise-dans-la-guerre-dindependance/
Gratuit · Résultat immédiat · Sans inscription.
Journaliste au Club du Patrimoine by Adomos.


