Les classes sociales et les inégalités économiques depuis l’Antiquité

Les classes sociales et les inégalités économiques semblent avoir accompagné les sociétés humaines depuis leurs origines. Il est important de comprendre leur provenance et de mettre en avant le fait que les sociétés ont rarement été égalitaires peu importe les époques.

Un système mis en place dans la Rome antique

L’enjeu pendant la République romaine (-509 à -27 av. J.-C) était d’estimer la taille globale de l’économie puis d’étudier comment redistribuer les revenus. La société a donc été divisée en classe pour faciliter le travail.
À l’époque, la taille de l’économie est estimée sur la production de blé et les prix qui étaient payés lors de cette période.

Pour diviser la société en classe, Rome a pris en compte ses richesses et ses revenus. Tout d’abord, l’élite a été divisée en quatre classes : les sénateurs (environ 600), les chevaliers (ordo equester), les décurions (officiers de cavalerie) et les autres riches. On retrouve ces élites dans deux groupes : les « patriciens » et la nobilitas. Selon les études menées, l’élite représente 1,5% de la population et accapare 20% des revenus globaux. [1] L’autre partie de la population se trouve dans la « plèbe » elle-même divisée en sous-classes, composée d’artisans, de marchands ou encore d’armateurs. [2] Enfin, on compte également des esclaves qui ne sont pas libres.

L’économie romaine se base sur les conquêtes, les travaux agraires et les échanges sur longue distance dès le IIIe siècle avant notre ère. [3]

Le système tripartite de la société féodale

Le système tripartite de la société féodale

La société médiévale (dite féodale) est principalement organisée autour de l’Église catholique et de ses différents dogmes. Les inégalités ne disparaissent pas et vont se stabiliser dans un cadre davantage structuré.

Nous retrouvons d’abord les bellatores qui sont ceux qui combattent (nobles, princes, seigneurs) ainsi que les oratores qui sont les Hommes d’Église. Ils forment la plus petite partie de la population. Les laboratores sont ceux qui travaillent car ce sont les paysans, ils représentent entre 80% et 90% de la population. [4] Les paysans travaillent pour les seigneurs locaux. Le fait que les nobles et les rois se placent sous l’autorité de l’Église est un moyen de pression sur tous les sujets du royaume car ils sont comme « issus de la volonté divine ».

Période moderne : émergence d’une nouvelle noblesse et de la bourgeoisie

Lors de la période moderne, la noblesse se structure et le capitalisme se développe avec le commerce international. Cela amène une nouvelle sous-classe qui fait partie du tiers état.

Les trois ordres sont le clergé (l’Église), la noblesse (nobles et militaires) ainsi que le tiers état (marchands, paysans et les bourgeois). Le premier changement arrive avec l’absolutisme de Louis XIV lorsqu’il faut désormais apporter des « preuves de noblesse » dès 1667. Avant la période absolutiste, la noblesse représentait environ 20% de la population. À la suite de cette réforme, la proportion de l’ordre de la noblesse au sein de la population se situe entre 10% et 20%. Chaque année l’on constatait entre 161 extinctions naturelles et 128 accessions. [5] Sous le règne de Louis XIV, les revenus de certains nobles atteignent rarement plus de 100 000 livres alors qu’ils pouvaient atteindre jusqu’à 600 000 auparavant. [6]

C’est au même moment que la bourgeoisie se développe, elle est composée de quelques personnes qui possèdent certaines richesses. Après les différentes conquêtes européennes, le commerce international prend forme et le commerce triangulaire également. En trois siècles, près de trois millions d’esclaves sont importés en Amérique. [7] C’est donc la vente d’esclaves dans les villes portuaires comme Nantes, Bordeaux ou bien La Rochelle qui permet la constitution d’une bourgeoisie fortunée. [8]

Abolition des privilèges et une poursuite des inégalités

Abolition des privilèges et une poursuite des inégalités

La Révolution française de 1789 a marqué la fin d’une société trifonctionnelle et des privilèges. Cependant, le XIXe siècle tient à un État centralisé qui concentre les pouvoirs.

L’État choisissait quels droits étaient « légitimes » ou « illégitimes ». Pour ce faire, l’on a pris en compte certains critères, notamment historiques : quelles étaient les origines de ce droit ? Par exemple les « exemptions fiscales », c’est-à-dire le droit à l’Église et à certains nobles de ne pas payer d’impôts.

Ce droit a été aboli au nom de l’égalité juridique des citoyens. [9] D’autres ont créé des débats, comme les « corvées » qui étaient les journées de travail non rémunérées dues au seigneur qui parfois étaient assimilées au loyer. [10] Finalement, les corvées ont été maintenues sous la forme de loyers monétarisés. [11] En ce qui concerne la bourgeoisie, lors de l’abolition de l’esclavage en 1848, chaque personne possédant un esclave a reçu une compensation financière. [12]

Les Trente Glorieuses et l’émergence des « classes moyennes » (1945-1975)

Bien que les classes moyennes salariées représentaient 7% de la population active en 1914 et 13% en 1930, elles passeront de 19,5% à 37% entre 1950 et 1960. [13] La politique du général de Gaulle va davantage réduire les inégalités de revenu et augmenter le pouvoir d’achat.

La Seconde Guerre mondiale change la représentation des « classes moyennes » car elle se sentent menacée par le développement du capitalisme, du mouvement ouvrier ainsi que par les idéologies égalitaristes. C’est pourquoi elles appellent à une protection de l’État car elles n’ont pas le pouvoir que procure la fortune ni celui des syndicats. L’un des effets majeurs de la politique gaulliste a été de redistribuer les gains de productivité pour avoir un important pouvoir d’achat en scellant les classes populaires et les classes moyennes.

La télévision ou encore les appareils électroménagers seront accessibles aux classes populaires (en réalité de manière très inégales). De même que les lycées ouvriront leurs portes pour une meilleure formation. [14] Désormais, les classes moyennes retrouvent un certain prestige qu’elles n’avaient pas auparavant.

Références :

[1] Lien : https://jeanneemard.wordpress.com/2013/03/28/les-inegalites-dans-la-rome-antique/

[2] Lien : https://philo-lettres.fr/old/latin/rome_institutions_republique.htm#:~:text=Les%20ordines%20:,disparition%20de%20la%20chevalerie%20nationale

[3] Lien : https://moodle.luniversitenumerique.fr/mod/book/tool/print/index.php?id=6454#:~:text=Le%20butin%20peut%20même%20comporter,le%20commerce%20à%20longue%20distance

[4] Lien : https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/moyen-age-etait-organisee-societe-moyen-age-5419/

[5] Lien : https://www.persee.fr/doc/annor_0570-1600_2000_hos_30_1_2373

[6] Ibid.

[7] Lien : https://wikirouge.net/Naissance_et_développement_de_la_bourgeoisie

[8] Ibid.

[9] Lien : https://shs.cairn.info/magazine-hist-histoire-2021-2-page-44?lang=fr

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Lien : https://shs.cairn.info/magazine-hist-histoire-2021-2-page-44?lang=fr

[14] Lien : https://shs.cairn.info/revue-l-economie-politique-2011-1-page-69?lang=fr#s1n8

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