Lorsque la France entre en guerre à l’été 1914, beaucoup imaginent un conflit bref. [1] Cependant, la Première Guerre mondiale s’installe et dure plus de quatre ans en devenant une guerre totale. Elle nécessite une forte mobilisation économique, toute une industrie de guerre, des transports, de la main d’œuvre et des armées. Au-delà des batailles, c’est toute une économie française qui est bouleversée.
La Grande Guerre en France ne constitue pas uniquement une tragédie humaine et militaire car elle marque aussi une rupture économique profonde dans l’histoire du pays. En désorganisant la production, en renforçant le rôle de l’État, en transformant le travail et en creusant durablement la dette publique, elle façonne une nouvelle France.
Une économie française brutalement déstabilisée par la guerre
Cette entrée en guerre a profondément déstabilisé l’économie française. Notamment à travers la main d’œuvre, l’amputation de territoires et un dérèglement financier important. Dès les premières semaines, le conflit provoque un net ralentissement des activités économiques. On assiste à une mobilisation massive de la population masculine pour aller combattre, ce qui engendre une pénurie de travailleurs.
Pour pallier cela, les entreprises se tournent donc vers l’emploi féminin et l’immigration. [2] Au fur et à mesure, l’armée allemande occupe des territoires qui assuraient une part écrasante de la production nationale avant : 74% du charbon, 81% de la fonte, 65% de l’acier et 76% du sucre. [3] La France se retrouve privée de ses ressources vitales. Malgré cela, le pays doit contribuer au financement de la guerre et cela engendre une inflation de grande ampleur. [4] On note que la baisse des quantités importées a été surcompensée par une hausse importante des prix. La facture des achats à l’étranger de produits alimentaires est passée de 1,8 milliards de francs en 1914 à 6,9 milliards en 1917. [5] le coût d’importation des matières premières a connu la même trajectoire en passant de 3,5 milliards de francs en 1914 à 11,8 milliards en 1917. [6]
Une économie de guerre dirigée
Face à tous ces changements, la France a connu une transformation économique en instaurant une économie de guerre dirigée. En particulier pour soutenir un coût militaire qui s’élève à 180 milliards de francs, soit 80% du revenu annuel du pays. [7]
Dès le mois de septembre 1914, le gouvernement fait appel aux industriels privés pour soutenir l’aspect militaire. Ceci aboutit à la création d’un ministère de l’Armement en décembre 1916. Il est chargé de passer des commandes, de fournir des ouvriers qualifiés et d’accorder des avances financières aux entreprises. [8] Des entreprises comme Renault et Michelin se réorientent en se lançant dans l’aéronautique. [9] On adopte le taylorisme, le travail à la chaîne et la main d’œuvre féminine.
Cette première initiative permet d’augmenter les capacités de production d’acier de 40% au cours du conflit. [10] Ce dirigisme économique se traduit aussi par un contrôle des ravitaillements et des transports. Des mesures de restrictions voient le jour avec l’instauration des jours « sans viande » et « sans pâtisserie » pour lutter contre les pénuries et l’inflation. [11] Au niveau logistique, l’État militarise puis contrôle les transports ferroviaires et réquisitionne en février 1918 tous les navires de commerce français. [12]
Un lourd bilan d’après-guerre
Les chocs économiques subis par la France à la fin de la guerre ont été brutaux et ont surtout compliqué la reconstruction. Ces bouleversements se sont traduits par une crise de la dette et un alourdissement brutal de la fiscalité.
Le conflit laisse les finances publiques dans un état désastreux. Entre 1914 et 1919, l’État a dépensé un total de 224,8 milliards de francs (dont 26,2 milliards pour la charge de la dette publique). [13] En 1919, le remboursement et les intérêts de cette dette absorbent à eux seuls 80% des recettes permanentes de l’État. [14] Pour faire face à cette dette et éviter la faillite, l’État impose un « alourdissement du fardeau fiscal » dans l’après-guerre. [15]
L’impôt sur le revenu, qui a peiné à s’instaurer pendant le conflit, passe d’un rendement de 562,8 millions de francs en 1919 à près de 3 milliards en 1925. [16]
Références :
- https://shs.cairn.info/gagner-la-paix-1914-1929–9782021001457-page-13
- https://books.openedition.org/pur/48932
- Ibid.
- https://droit.cairn.info/revue-revue-francaise-de-finances-publiques-2018-1-page-117?lang=fr
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- https://books.openedition.org/pur/48932
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- https://droit.cairn.info/revue-revue-francaise-de-finances-publiques-2018-1-page-117?lang=fr
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
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