Histoire de l'économie

Financement des croisades : impôts, dîmes et premières mobilisations financières en France médiévale

GL
Guillaume Longuépée
22 mars 2026
5 min de lecture
Histoire de l'économie
Financement des croisades : impôts, dîmes et premières mobilisations financières en France médiévale

Quand on parle de la période des croisades (1095-1291), l’image qui vient le plus souvent à l’esprit est celle des chevaliers en route vers Jérusalem. De l’appel de Clermont du pape Urbain II en 1095, en passant par le décès de Saint Louis en 1270 jusqu’à la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1291, une ferveur religieuse se ressent pour mener à bien tous ces affrontements en Orient. Cependant, une question se pose : qui payait ? Partir en croisade coûtait cher. Il fallait financer les équipements, les réserves ou encore acheter les chevaux. Rapidement, le système de croisade a demandé une mobilisation financière en France très importante et une fiscalité médiévale exceptionnelle.

Partir en croisade, une action coûteuse

En 1095, le pape Urbain II lance son appel depuis Clermont après avoir envoyé ses lettres de prédications. La première croisade (1096-1099) met en place l’organisation pour définir le système de l’économie des croisades. Tout d’abord, il faut un chef spirituel pour diriger l’armée des croisés, un point de ralliement et d’arrivée puis une date de départ officielle. En 1096, on désigne l’évêque du Puy Adhémar de Monteil.

Le point de ralliement est Le Puy et l’arrivée doit être Constantinople. Enfin, la date de départ est fixée au 15 août 1096. [1] Deuxièmement, l’armée et l’ensemble du cortège est divisé, en parallèle du recrutement. [2] Cependant, l’organisation ne se limite pas à l’aspect collectif car chaque participant doit se préparer spirituellement et matériellement. [3] Chaque croisade est donc un engagement et l’aspect financier est à la fois collectif et individuel. Pour cette Première croisade, de nombreux croisés doivent avoir recours à des cessions de patrimoine.

Les archives des établissements ecclésiastiques conservent encore des traces de chartes de donation, de mise en gage ou de vente de terres et de fiefs appartenant aux croisés à la veille de leur départ. [4] Pour résumer, partir en croisade est donc un synonyme de « tout quitter pour rejoindre Jérusalem ». [5] C’est un engagement personnel et rassemble autant les personnes pauvres que les personnes riches.

Le rôle de l’Église dans le financement des croisades et l’apparition des taxes ecclésiastiques médiévales

Au fur et à mesure que les croisades prennent de l’importance et de l’ampleur au XIIe siècle, des impôts pour la croisade vont être instaurés en Europe. Pour la Première croisade, l’enthousiasme suffit. Cependant en 1147, Louis VII le Jeune, roi de France de 1137 à 1180, instaure un impôt sur le clergé pour financer l’expédition de la Deuxième croisade. Cet impôt sera nommé la « décime » plus tard car il se base sur le prélèvement du dixième des revenus des églises et des monastère. [6]

En 1188, pour financer la Troisième croisade, le roi de France Philippe II Auguste et le roi d’Angleterre Henri II instaurent un nouvel impôt portant le nom de la « dîme Saladine ». [7] C’est à ce moment-là que le terme de « décime » apparaît officiellement. [8] L’objectif est de financer la Troisième croisade contre le chef musulman Saladin, après la chute de Jérusalem. Cet impôt porte sur les biens (propriétés, terres etc.) et les revenus annuels des sujets des deux royaumes. Les deux rois fixent tout d’abord un taux faible puis la dîme saladine atteint un taux de prélèvement à 10% des richesses et des revenus. [9]

Ainsi, cet impôt vise spécifiquement tous ceux qui ne « prennent pas la croix », c’est-à-dire ceux qui ne partent pas combattre en Terre Sainte (laïcs ou non). Il s’agit du premier impôt généralisé en Europe à caractère punitif et obligatoire. Pour garantir sa collecte, les autorités utilisent une sanction religieuse majeure pour ceux qui refusent de payer : l’excommunication. [10] Cependant, l’Église s’est vite opposée à ce nouvel impôt en affirmant que la « Croisade de Dieu » ne doit pas porter préjudice aux plus pauvres. Les notables de l’époque craignent que cet impôt ne ruine le peuple. [11] Par conséquent, face à cette atmosphère insurrectionnelle, le roi de France Philippe II Auguste annule la dîme saladine en 1189 mais le roi d’Angleterre la conserve. [12] Lors de cette période, la papauté agit donc comme une « dispensatrice suprême » des revenus du clergé. Elle intervient souvent pour rappeler aux membres ecclésiastiques leurs devoirs financiers dans la défense de la chrétienté. [13]

Références :

  1. https://shs.cairn.info/croisades-et-orient-latin–9782200617356-page-43?lang=fr
  2. Ibid.
  3. Ibid.
  4. Ibid.
  5. Ibid
  6. https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1911_num_2_10_1987
  7. https://jeanmarieborgino.fr/mars-1188-la-france-se-souleve-contre-la-la-dime-saladine/
  8. https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1911_num_2_10_198
  9. https://jeanmarieborgino.fr/mars-1188-la-france-se-souleve-contre-la-la-dime-saladine/
  10. Ibid.
  11. Ibid.
  12. Ibid.
  13. https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1911_num_2_10_1987

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Guillaume Longuépée
Journaliste

Journaliste au Club du Patrimoine by Adomos.

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