Les accords Sykes-Picot occupent une place singulière dans l’histoire contemporaine du Moyen-Orient. Signés secrètement en 1916 entre la France et le Royaume-Uni, avec l’assentiment de la Russie, cet accord reflète une certaine logique de puissance et l’influence franco-britannique à la fin de la Grande Guerre. Il traduit la volonté européenne de contrôler espace stratégique majeur, regroupant routes commerciales, intérêts impériaux et des ressources énergétiques.
Un accord né de la Première Guerre mondiale
Les origines des accords secrets Sykes-Picot s’inscrivent dans un contexte de déclin de l’Empire ottoman. Les Français et les Britanniques vont anticiper sa chute qui sera officielle après la Première Guerre mondiale. Avant même le début de la guerre, l’Empire ottoman est faible et perd des territoires. [1]
L’Empire entre en guerre aux côtés de l’Allemagne en 1914. Alors que la bataille de Verdun fait plus de 700 000 morts en 9 mois, les Français et les Britanniques pensent déjà à l’après-guerre. Les deux diplomates Mark Sykes et François Georges-Picot travaillent sur un projet : le partage du Moyen-Orient. [2] Le 16 mai 1916, les accords sont signés et les nouvelles frontières sont prêtes à être tracées après la fin de la guerre. [3] La conférence de San Remo en 1920 fixe le sort des provinces arabes.
Les Français reçoivent un mandat sur la Syrie et le Liban, tandis que la Palestine est placée sous mandat britannique. [4]
Une logique de puissance stratégique et économique
Les ambitions pour les Français et les Britanniques sont principalement idéologiques et territoriales. Elles vont de pair avec les territoires stratégiques et les intérêts économiques. Pour les Britanniques, l’objectif est de sécuriser la route des Indes et le canal de Suez. [5] Ils veulent également contrôler l’accès au golfe Persique et s’implanter en Mésopotamie (Irak actuel). [6] Pour finir, les Britanniques porte une attention particulière à l’industrie pétrolière dans la région qui devient un enjeu majeur. [7]
À l’époque, en plus des voies ferrées qui sont présentes, le canal de Suez permet le transit du pétrole perse qui est devenu un carburant de première importance. [8] De son côté, la France a pour ambition de créer la « grande Syrie française ». [9] La France affirme avoir des droits historiques sur le territoire trouvant leurs racines dans les Croisades. [10] Enfin, les Français y voient une logique marchande transméditerranéenne et veulent développer des relations commerciales avec l’Orient. Les capitalistes français veulent avoir un contrôle sur les chemins de fer turcs, les ports, les routes et l’électricité. [11]
Une France désavantagée
Les conséquences économiques des accords se concentrent principalement sur le contrôle des vastes réserves pétrolière de la province de Mossoul. L’accord a créé un déséquilibre en faveur des Britanniques.
Le problème pour la France est que les frontières n’ont pas été tracées à son avantage. La France n’a pas récolté toute la province de Mossoul car les tracées l’ont divisée au niveau de la rivière du Petit Zab. [12] Ceci a exclu les Français des riches champs pétrolifères de Kirkouk. [13] De plus, les Britanniques ont fait signer aux Français des garanties réciproques sur les intérêts commerciaux existants avant la Première Guerre mondiale. Cette clause a obligé les Français à reconnaître les droits de la Turkish Petroleum Company, une entreprise contrôlée par les Britanniques qui revendique un monopole sur les provinces de Mossoul (y compris dans la partie nord attribuée à la France) et de Bagdad. [14]
Par conséquent, il est juridiquement presque impossible pour les Français de contester le droit de la Turkish Petroleum Company à développer les réserves de pétrole partout dans leurs zones d’influence… Ce sont donc trois entreprises britanniques qui possèdent 75% du capital de la Turkish Petroleum Company. [15] Bien que les Britanniques promettent une part de 50% aux Français sur le pétrole, la France se retrouve dans une position plus faible que les Britanniques et elle n’a pas les capacités techniques pour exploiter les champs de pétrole par elle-même. [16] Au lieu d’obtenir un atout économique majeur, la France se retrouve enfermée dans un accord qui protège l’hégémonie britannique sur le pétrole et a simplement le statut de partenaire minoritaire.
Références :
- https://www.solidaire.org/articles/accords-sykes-picot-aux-origines-du-chaos-au-moyen-orient
- Ibid.
- https://static1.squarespace.com/static/63e4b730360c356e958665e2/t/66f14988fa229347d8d04dfb/1727089037287/Article+3+RAphaëlle+SR+avec+template-1.pdf
- https://www.retronews.fr/conflits-et-relations-internationales/echo-de-presse/2018/11/06/la-defaite-turque-en-1918-et-la-chute-de-lempire-ottoman
- https://static1.squarespace.com/static/63e4b730360c356e958665e2/t/66f14988fa229347d8d04dfb/1727089037287/Article+3+RAphaëlle+SR+avec+template-1.pdf
- Ibid.
- Ibid.
- https://shs.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2016-2-page-73?lang=fr#s2n1
- https://static1.squarespace.com/static/63e4b730360c356e958665e2/t/66f14988fa229347d8d04dfb/1727089037287/Article+3+RAphaëlle+SR+avec+template-1.pdf
- https://www.solidaire.org/articles/accords-sykes-picot-aux-origines-du-chaos-au-moyen-orient
- Ibid.
- https://www.jstor.org/stable/2125155?utm_source=chatgpt.com&seq=1
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
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