Histoire de l'économie

Byzance et Venise : comment leur alliance commerciale a dominé la Méditerranée médiévale

GL
Guillaume Longuépée
22 juin 2026
5 min de lecture
Histoire de l'économie
Byzance et Venise : comment leur alliance commerciale a dominé la Méditerranée médiévale

Au Moyen Âge, la Méditerranée n’est pas seulement un espace de guerres et de croisades : c’est aussi une immense place du commerce médiéval. Épices, soieries, blé, esclaves, métaux, bois, sel ou encore produits de luxe y circulent entre les routes commerciales de l’Orient et de l’Occident. Dans ce monde dominé par les ports, les routes maritimes et les taxes douanières, deux puissances jouent un rôle central : Venise et Byzance.

L’Empire byzantin contrôle Constantinople qui est un carrefour entre l’Europe et l’Asie, tandis que Venise dispose d’une flotte commerciale de plus en plus efficace. Leur alliance va permettre aux Vénitiens d’obtenir des privilèges exceptionnels dans l’Empire byzantin. Mais cette dépendance commerciale aura un prix : l’incontrôlabilité de Venise pour Byzance.

Byzance, carrefour économique entre Orient et Occident

Byzance, et plus particulièrement sa capitale Constantinople, constitue la plaque tournante du commerce mondiale et de l’économie de l’Empire byzantin pendant le Moyen Âge. [1] Elle est située au carrefour des routes maritimes et terrestres reliant l’Europe, l’Asie et l’Afrique.

Constantinople occupe une place stratégique. Elle assure l’interface entre les navires, les caravanes et contrôle les passages de la mer Méditerranée et la mer Noire via les détroits. [2] Cette position lui permet d’importer des richesses d’Asie pour les revendre ensuite dans les foires européennes. [3] Byzance sert de centre de redistribution pour des produits variés. Par exemple, les épices (poivre, cannelle) mais aussi du coton et de la soie vont de l’Orient vers l’Occident. [4] Dans le sens inverse (Occident vers Orient), on redistribue des métaux (fer, cuivre), du bois ou encore des esclaves. [5] Byzance est riche, et sa monnaie, le « nomisma » est le symbole de cette richesse dans l’histoire économique médiévale. [6] Au XIIe siècle, le budget de Byzance est estimé à environ 7 millions de pièces d’or (soit environ treize fois celui du royaume de France). [7] L’économie byzantine est hautement monétarisée pour l’époque avec un taux de l’ordre de 46% à son apogée. [8]

Venise, allié commercial de l’Empire byzantin

Byzance attire les marchands italiens, particulièrement de Venise et de Gênes, déjà en pleine rivalité sur la maîtrise des routes commerciales. [9] Venise est une puissance commerciale qui va être le principal allié de Byzance durant une bonne partie du Moyen Âge.

Dès le Xe siècle, Venise obtient des privilèges. Le premier chrysobulle de 992 réduit les droits de douanes pour Venise. [10] Cela se poursuit avec le chrysobulle de l’année 1082 : il accorde aux Vénitiens une exemption totale du « kommerkion » (la taxe de 10% sur le commerce). [11] Désormais, Venise peut faire du commerce dans tout l’Empire byzantin sans restriction. En parallèle, les Vénitiens reçoivent un quartier entier à Constantinople baptisé « Pérama », dédié au commerce. [12] Au XIIIe siècle, on estime que 10 000 vénitiens vivent à Constantinople. [13]

Un basculement progressif vers la rivalité

Cette rivalité entre Byzance et Venise est née des mêmes avantages qu’a cédés l’Empire à Venise. Autrefois subordonnée à Byzance, Venise est devenue une puissance capable de dicter ses termes et de participer à la destruction de son souverain. Le monopole maritime de Venise entraîne une hégémonie économique insupportable pour l’Empire. Les deux chrysobulles et le quartier Pérama font que les profits échappent à Byzance. [14] Pour limiter ce monopole, certains empereurs dès le XIIe siècle accordent des privilèges aux rivaux de Venise. Notamment Gênes qui, grâce au traité de 1261, obtiendra aussi d’importants privilèges dans l’Empire. [15] Ce qui intensifie les tensions entre les cités italiennes dans l’objectif d’évincer Venise de la mer Noire.

La chute de Constantinople en 1453 met un terme définitif à cette relation entre Venise et Byzance. L’Empire chrétien qui servait de carrefour commercial disparaît au profit des Ottomans et Venise perd officiellement tous ses avantages. [16] Venise doit désormais négocier avec le Sultan ottoman Mehmed II. Mais la relation basculera vers une rivalité frontale avec une première guerre vénéto-ottomane qui éclatera en 1463. [17]

Références :

  1. https://essentiels.bnf.fr/fr/histoire/moyen-age/87b4fb85-e398-4fb1-88a9-8d1ca35a8a48-mediterranee-medievale/article/e28d2480-2957-4d7a-b072-1bec09c95206-empire-byzantin
  2. https://essentiels.bnf.fr/fr/histoire/moyen-age/87b4fb85-e398-4fb1-88a9-8d1ca35a8a48-mediterranee-medievale/article/f77d72df-6f96-4a19-b78e-01a91a7c7d3f-voies-commerce-en-mediterranee-medievale
  3. https://www.alloprof.qc.ca/fr/eleves/bv/histoire/le-grand-commerce-notions-avancees-h1050
  4. https://rusinterface.hypotheses.org/704
  5. https://essentiels.bnf.fr/fr/histoire/moyen-age/87b4fb85-e398-4fb1-88a9-8d1ca35a8a48-mediterranee-medievale/article/f77d72df-6f96-4a19-b78e-01a91a7c7d3f-voies-commerce-en-mediterranee-medievale
  6. https://books.openedition.org/pup/6760
  7. Ibid.
  8. Ibid.
  9. https://www.persee.fr/doc/rebyz_1146-9447_1934_num_33_174_2787
  10. https://books.openedition.org/pup/6760
  11. https://rusinterface.hypotheses.org/704
  12. https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/fichiers/Venise-Byzance.pdf
  13. Ibid.
  14. Ibid.
  15. https://books.openedition.org/pup/13857
  16. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04510215v1/file/2023H1CHAar.pdf
  17. Ibid.
Outil gratuit
Calculez votre économie fiscale Jeanbrun
Simulez votre économie fiscale personnalisée en 2 minutes.
Gratuit · Résultat immédiat · Sans inscription.
Accéder au simulateur →
Jusqu'à 12 000 € d'économie fiscale par an · Dispositif Loi Jeanbrun 2026
GL
Guillaume Longuépée
Journaliste

Journaliste au Club du Patrimoine by Adomos.

Le ClubActualitésLe Baromètre
Les Rendez-vous du Patrimoine