Histoire de l'économie

Fascisme mussolinien : l’étatisme interventionniste au cœur du modèle italien

GL
Guillaume Longuépée
22 avril 2026
5 min de lecture
Histoire de l'économie
Fascisme mussolinien : l’étatisme interventionniste au cœur du modèle italien

Réduire le modèle fasciste italien à la brutalité ou au culte du chef serait passer à côté d’un aspect essentiel du régime. Sous Benito Mussolini, arrivé au pouvoir en 1922, le fascisme se présente comme un modèle d’organisation politique, économique et social sur la centralité absolue de l’État.

Dans les années 1920, l’Italie connaît une forte instabilité parlementaire et une peur de la révolution sociale. Le fascisme entend donc à restaurer la société en mettant l’État au cœur de celle-ci.

La construction du fascisme autour d’un État fort et autoritaire

Le terme même de « fascisme » puise ses origines dans l’emblème symbolisant l’autorité des magistrats de la Rome antique. L’ambition de Mussolini est d’établir un certain autoritarisme au sein duquel il pourrait agir en tyran capable de « pétrir la nature humaine comme de la pâte ». [1] Cette volonté de contrôle absolu s’est concrétisée en 1927 avec la création de l’OVRA (Organizzazione di Vigilanza e Repressionne dell’Antifascismo). [2] C’est une police qui est mise en place pour traquer les opposants au régime fasciste en prenant exemple sur la police bolchévique.

Mussolini veut transformer les Italiens en leur inculquant une culture de la violence, qu’il considère comme « morale, sacrée et nécessaire ». [3] En parallèle de la violence, le dictateur italien met en place un système anti-libéral. Il abolit l’électoralisme au profit de nominations décidées par la haute dans la politique. Il clame que « le navire est guidé par un pilote et non pas par l’équipage tout entier ». [4] Néanmoins, l’État conserve la constitution de l’époque, la Couronne monarchique et le Sénat monarchique. Tous seront vidés de leur pouvoir au fur et à mesure. [5]

Un interventionnisme économique au cœur de l’État

Lors de l’arrivée au pouvoir de Mussolini, le modèle économique n’est pas figé. La politique économique du fascisme mussolinien connaîtra des évolutions majeures, notamment avec l’apparition progressive d’un État corporatiste. [6] Il nomme Alberto De Stefani au ministère des Finances et ce dernier met en place un programme économique influencé par l’école libérale classique de Manchester. Ceci rassure les gouverneurs de la Banque d’Angleterre et de la Réserve fédérale américaine. [7]

Cependant, le modèle économique va changer sous l’influence de trois facteurs majeurs : la crise de 1929, le renforcement totalitaire du régime et les choix de Mussolini en matière de politique extérieure. [8] Ce nouveau modèle se transforme progressivement en une économie dirigée à volonté autarcique.

On assiste à la création de la « Chambre des faisceaux et des corporations » où siègent côte à côte les dirigeants politiques et économiques. [9] Mussolini participe aussi au lancement de grandes « batailles économiques » telles que la « bataille de la lire » pour contrôler la politique monétaire et la « bataille du blé » pour stimuler la production céréalière. [10] Lancée en 1925-1926, la bataille du blé est la plus emblématique. À cette époque, l’Italie importe 25 millions de quintaux de blé par an, ce qui représente la moitié de son déficit commercial. [11] Pour atteindre l’autarcie, Mussolini met en place une propagande massive en s’affichant lui-même comme un « soldat-laboureur » pour convaincre la population. [12]

Cette bataille est un succès, la production passe de 50 millions de quintaux de blé en 1924 à près de 80 millions au début des années 1930, ce qui a rendu le pays autosuffisant. [13] En 1933, le gouvernement met en place l’IRI (Institut de reconstruction industrielle). [14] Cette institution transforme l’État italien en un véritable « État banquier et entrepreneur » en prenant le contrôle des secteurs stratégiques de la nation. [15] Désormais, l’État fasciste possède 100% de la sidérurgie de guerre, de l’artillerie et de la production de charbon, 90% des constructions navales, 40% de la sidérurgie civile et enfin 30% de la production d’énergie électrique. [16]

L’IRI joue un rôle énorme dans l’encadrement de l’économie car il permet de réduire l’autonomie des grands industriels et d’imposer les directives de Mussolini en matière d’autarcie et de préparation à la guerre. [17] Les chefs d’entreprises qui s’opposent aux orientations du régime sont marginalisés ou bien évincés des conseils d’administration. [18]

Cette intégration et cette soumission des élites industrielles, des patrons ainsi que la création d’institutions de fusion politico-économiques reflètent le nationalisme économique souhaité par Mussolini et le corporatisme fasciste présent pendant cette période.

Références :

  1. https://shs.cairn.info/le-siecle-des-dictateurs–9782262077105-page-39?lang=fr
  2. Ibid.
  3. Ibid.
  4. https://shs.cairn.info/l-italie-le-fascisme-et-l-etat–9782728805051-page-35?lang=fr
  5. Ibid.
  6. https://shs.cairn.info/l-italie-fasciste–9782200269944-page-118?lang=fr
  7. Ibid.
  8. Ibid.
  9. https://books.openedition.org/pur/121056
  10. https://shs.cairn.info/l-italie-fasciste–9782200269944-page-118?lang=fr
  11. https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000907/mussolini-participe-a-la-campagne-de-battage-des-bles-muet.html
  12. Ibid.
  13. Ibid.
  14. https://books.openedition.org/pur/121056
  15. Ibid.
  16. Ibid.
  17. Ibid.
  18. Ibid.
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Guillaume Longuépée
Journaliste

Journaliste au Club du Patrimoine by Adomos.

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