En 1945, l’Europe est ruinée en sortant de la Seconde Guerre mondiale. Les villes, les réseaux ferroviaires, l’économie, tout est détruit. Cependant, moins de trente ans plus tard, la plupart des pays d’Europe occidentale connaissent le plein emploi et une hausse du pouvoir d’achat. L’économiste Jean Fourastié (1907-1990) surnomme cette période : les « Trente Glorieuses ». [1]
L’Europe occidentale connaît une croissance annuelle supérieure à 5% entre 1945 et 1973, avant de rechuter à la suite du choc pétrolier. [2]
Le « plan Monnet »
Comme mentionné dans l’article « Le Plan Marshall : un moteur pour l’économie française », les Américains de Harry S. Truman aident l’Europe à se relever avec un don de plusieurs milliards de dollars en 1946. La France obtient un premier don de 2,444 milliards de dollars et touchera au total plus de 3,5 milliards de dollars en six ans. Cette aide américaine est précieuse. Elle permettra à la France de développer son industrialisation et sa productivité avec le « plan Monnet ».
Le « plan Monnet » est désigné comme le premier Plan de modernisation et d’équipement. Il est lancé en 1946 par Jean Monnet (haut fonctionnaire Français). [3] Il est créé dans le but de répondre à une situation de pénurie, d’usure et de destruction généralisée après la guerre. Le premier objectif est le « redressement national » pour la reconstruction et le renouvellement de l’appareil productif de la France. [4] Le pays est désormais inscrit dans un « engrenage de la dépendance vis-à-vis des États-Unis » car il sert de garantie ou de cadre pour obtenir l’aide et les financements américains nécessaires à l’achat d’équipements industriels. [5] Il devait initialement durer dix mois mais il s’est transformé en une institution durable.
À la Libération en 1944, la France a perdu 4 983 milliards de francs du fait de l’occupation dont 2 432 milliards de spoliations et 1 832 milliards de destructions. [6] D’autant plus que le pays a été privé de 23,5 milliards d’heures de travail pendant la guerre. [7] Ainsi, le plan Monnet s’est concentré sur la modernisation de secteurs clés. Dès lors, 25 commissions de modernisation ont été créées et plus de 1 000 personnes ont participé. [8] Des programmes d’équipement ont donc été lancés dans les secteurs privés (carburant, sidérurgie etc.) et nationalisés (transports ferroviaires, électricité etc.). L’objectif est de rénover les techniques de production pour abaisser les « prix de revient », c’est-à-dire toutes les charges jusqu’à la commercialisation, puis d’élargir tous les débouchés commerciaux (intérieurs et extérieurs). [9]
Son efficacité se fait ressentir car il a fallu attendre mars 1949 pour atteindre le niveau maximum de production, c’est-à-dire celui de 1929. [10]
Le développement d’une société de consommation reliée aux secteurs industriels

En se concentrant sur les secteurs clés de l’industrie, le plan Monnet a aidé au développement de nombreuses industries où la production de masse est possible. Il y a par exemple la sidérurgie et la métallurgie avec l’approvisionnement en métaux pour les constructions mécaniques. Également le secteur du carburant avec le développement de programmes d’équipement, ou encore l’électroménager et les biens de consommation. Lors de cette même période, le modèle fordiste s’est diffusé en France. Le tout a permis une productivité accrue, une hausse du niveau de vie et une croissance économique forte.
Fondé par Henry Ford au début du XXe siècle, le fordisme est un mode d’organisation du travail en usine qui découle de la révolution industrielle. Il est fondé sur le travail à la chaine, des salaires relativement élevés et une production de masse standardisée. Les bénéfices de ce modèle viennent de l’économie d’échelle engendrée par cette stratégie de production de masse standardisée. [11] Un des piliers de consommation pendant les Trente Glorieuses a été l’automobile. [12] Par exemple chez les ouvriers, le taux de motorisation est passé de 8% en 1951 à 80% en 1976. [13] De même pour la multi-motorisation qui s’est démocratisée, c’est-à-dire le fait d’avoir plusieurs véhicules.
L’autre évolution importante se situe dans le secteur de l’électroménager et des biens de consommation. Lors de l’année 1954, 7% des Français possédaient un réfrigérateur contre 27% en 1960 et 79% en 1970. [14] De même pour le lave-linge, en 1954, 8% de la population française en possédait un. Ce chiffre a radicalement augmenté en passant à 25% en 1960 et à 57% en 1970. [15] Enfin, le téléviseur. En 1954, 1% des Français en possédaient un, contre 14% en 1960 et 69% en 1970. [16] Le gain de pouvoir d’achat est donc particulièrement visible à travers les taux d’équipement des foyers. Tous ces équipements domestiques sont passés d’un luxe à une norme quasi universelle qui ne cessera d’augmenter malgré les crises économiques qui toucheront le pays dans les années 1970. Toutefois, les hiérarchies sociales n’ont pas disparu pour autant car les capacités de de consommation restaient très hiérarchisées.
Par exemple en 1971, sur une base de 100, les indices de consommation révèlent toujours de forts écarts sociaux : 182 pour les cadres supérieurs, 112 pour les employés, 85 pour les ouvriers et 73 pour les agriculteurs. [17]
Références :
[1] Lien : https://www.economie.gouv.fr/facileco/jean-fourastie#
[2] Lien : https://langloishg.fr/polycopies/gouverner-la-france-depuis-1946/le-recul-de-letat-depuis-les-trente-glorieuses/
[3] Lien : https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1984_num_31_3_1281
[4] Lien : Ibid.
[6] Lien : https://www.persee.fr/doc/ingeo_0020-0093_1950_num_14_5_6013
[7] Lien : Ibid.
[8] Lien : Ibid.
[9] Lien : Ibid.
[10] Lien : Ibid.
[11] Lien : https://edu1071.teluq.ca/teluqDownload.php?file=2016/11/EDU1071_2-2_Fordisme_Taylorisme.pdf
[12] Lien : https://shs.cairn.info/revue-projet-2018-6-page-6?lang=fr
[13] Lien : Ibid.
[14] Lien : Ibid.
[15] Lien : Ibid.
[16] Lien : Ibid.
[17] Lien : Ibid.