Économie de la IIIe République : capitalisme libéral, industrie et expansion coloniale

La IIIe République (1870-1940) représente une période importante dans l’histoire de l’économie française. Proclamée après la défaite de Napoléon III et la fin du Second Empire, elle accompagne une transformation profonde des structures économiques de la France. Elle est fondée sur un capitalisme libéral dominant, partagé entre une industrialisation française et une expansion coloniale qui va devenir un des principaux leviers de puissance.

Une expansion coloniale importante

L’empire colonial français ne naît pas sous la IIIe République et ne disparaît pas après l’abolition de l’esclavage en 1848. Comme évoqué dans l’article « Abolition de l’esclavage en 1848 : quels effets économiques pour la France ? », un nouveau système et une nouvelle politique économique sont créés par la suite. Pendant 70 ans, la France met en place un modèle économique qui repose sur l’exploitation des ressources naturelles de ses colonies et qui varie selon le type de colonie. [1]

Tout d’abord, on retrouve les « colonies d’exploitation » avec l’AOF (Afrique occidentale Française) et l’Indochine française. L’AOF est créée en 1895. Elle regroupe la Côte d’Ivoire, le Soudan français, la Guinée, le Sénégal et d’autres pays rejoindront le territoire en 1904. [2] L’Indochine française est créée en 1887 avec l’Union indochinoise. Elle regroupe les territoires de l’Annam, du Tonkin, du Cambodge et de la Cochinchine. [3] Sur ces colonies d’exploitation, la France se concentre sur l’extraction de richesses avec un droit du travail très réduit et répressif. [4] Ces territoires sont perçus comme des réservoirs de matières premières (café, plantations d’hévéas, ressources minières etc.) qui sont destinés à la métropole. Les principales actions sont l’extraction et l’exportation de ressources naturelles. [5] Deuxièmement, les « protectorats » avec la Tunisie ou encore le Maroc. Dans les protectorats, l’économie est principalement basée dans les milieux de l’agriculture et de l’artisanat (teinturerie, poterie, savonnerie etc.) avec une influence du droit français plus marquée. [6] Des industries se mettent en place, par exemple des boulangeries ou encore des huileries. [7] Troisième type de colonie, les « mandats » avec le Cameroun, le Togo et la Syrie. [8] Bien qu’elles soient sous surveillance internationale, elles appliquent un modèle quasi identique aux colonies africaines. Les secteurs sont donc semblables (agriculture et artisanat). On y produit du caoutchouc, du café, du cacao, du tabac et de l’huile de palme. [9] Cependant, l’industrie du bois et l’industrie minière occupent aussi une place importante. [10] C’est donc pour faciliter le commerce extérieur que les chemins de fers et les maisons de commerces ont été construits. [11]

Le soutien de la Banque de France

le rôle de la banque de france dans la 3 ème république

Dès l’année 1870, la Banque de France joue un rôle central pour l’économie nationale. Elle prête de l’argent à certaines banques pour stabiliser les crises, elle soutient le Trésor public en avançant des fonds et va surtout étendre son influence territoriale avec l’apparition des banques de dépôts (Crédit Lyonnais, Société Générale). Elle est comme régulatrice du système capitaliste libéral et va devenir un soutien aux secteurs industriels. [12]

Lors des trois premières décennies de la IIIe République, la Banque de France mise sur les investissements industriels. Encouragée par le gouvernement, elle apporte son soutien à l’industrie ferroviaire en 1870 lorsqu’elle ouvre des crédits de 8 millions de francs à la Compagnie du Midi. [13] À l’époque, c’était la seule compagnie ferroviaire française à ne pas atteindre Paris. La Banque de France accorde aussi des crédits dans les mines et la métallurgie, notamment dans la Compagnie des mines de Blanzy à qui elle accorde 1 million de francs. [14] Elle soutient également les fournisseurs des infrastructures militaires. Elle s’engage en 1890 à ouvrir des crédits de 350 millions de francs répartis sur ses succursales et ses bureaux auxiliaires pour les premiers besoins de l’armée. [15]

L’utilisation de nouveaux instruments financiers

Le soutien de la Banque de France amène à développer de nouveaux instruments financiers qui vont représenter un levier majeur pour l’époque : le warrant, les « billet de nantissement » et le « papier de crédit ». [16]

Un warrant est un droit d’acheter ou de vendre quelque chose plus tard à un prix fixé aujourd’hui. La Banque de France a progressivement élargi l’escompte des warrants. Par exemple, des warrants ont été émis sur les céréales, les huiles et les vins pour un total de 71 millions de francs entre 1900 et 1909. [17] Cela a permis aux industriels et aux commerçants d’obtenir des liquidités en garantissant les emprunts par des stocks de matières premières. Le « billet de nantissement » est une sorte de sécurité de contrat pour la banque. Il permet de garantir un effet par des marchandises laissées sous la garde du commerçant mais qui sont engagées vis-à-vis du créancier. [18] Sous la IIIe République, on l’utilise notamment pour les marchandises importées telles que le bois, les huiles et les céréales. [19] En 1892 à la succursale de Dijon, ces billets de nantissement représentent 3,325 millions de francs d’avances pour le vin, le colza ou encore les fèves. [20] Enfin, le « papier de crédit » est un document qui prouve qu’une personne doit de l’argent à une autre. Cela a été beaucoup utilisé dans les travaux publics, en atteignant par exemple 3,6 millions de francs pour certaines constructions à Dijon en 1884. [21]

Références :

[1] Lien : https://shs.hal.science/halshs-01592836/file/Rapport-final-Le-Crom-3.pdf

[2] Lien : https://www.senegal-online.com/histoire/afrique-occidentale-francaise_a-o-f/#:~:text=La%20création%20de%20l’A.O.F.,partir%20de%201902%2C%20à%20Dakar.

[3] Lien : https://www.larousse.fr/encyclopedie/autre-region/Indochine_française/124939#:~:text=1885%20La%20Chine%20renonce%2C%20au,du%20Cambodge%20(20%20juillet)

[4] Lien : https://shs.hal.science/halshs-01592836/file/Rapport-final-Le-Crom-3.pdf

[5] Lien : Ibid.

[6] Lien : Ibid.

[7] Lien : Ibid.

[8] Lien : Ibid.

[9] Lien : Ibid.

[10] Lien : Ibid.

[11] Lien : Ibid.

[12] Lien : TAKEDA, Y., FEIERTAG, O., (dir.), L’État républicain et la Banque de France après la Guerre franco-prussienne (1870-1897) : fonctions de la banque d’émission dans la société économique moderne, 2018, (lien : https://theses.hal.science/tel-01976646)

[13] Lien : Ibid.

[14] Lien : Ibid.

[15] Lien : Ibid.

[16] Lien : Ibid.

[17] Lien : Ibid.

[18] Lien : Ibid.

[19] Lien : Ibid.

[20] Lien : Ibid.

[21] Lien : Ibid.

Rejoindre le Club

Vous souhaitez recevoir du contenu exclusif ? Parce que l'accès à l'information patrimoniale de qualité ne devrait pas être un privilège.

*
*

Articles similaires

Maison héritée : les erreurs à éviter avant de vendre le bien familial

Recevoir une maison héritée après le décès d’un parent est rarement une situation simple. Entre l’émotion, les souvenirs, les démarches administratives et parfois les tensions familiales, la décision de vendre peut vite devenir compliquée. Pourtant, elle est souvent nécessaire : pour régler les frais de succession, partager entre héritiers ou

Les Trente Glorieuses : les ressorts de la forte croissance économique d’après-guerre

En 1945, l’Europe est ruinée en sortant de la Seconde Guerre mondiale. Les villes, les réseaux ferroviaires, l’économie, tout est détruit. Cependant, moins de trente ans plus tard, la plupart des pays d’Europe occidentale connaissent le plein emploi et une hausse du pouvoir d’achat. L’économiste Jean Fourastié (1907-1990) surnomme cette

Gestion patrimoniale digitale : définition, outils et limites des plateformes d’investissement

La gestion patrimoniale digitale s’est progressivement installée dans le paysage financier européen, portée par l’essor des technologies de traitement des données et par l’évolution des attentes des épargnants. Les solutions automatisées proposent désormais des allocations construites à partir de milliers de points de données, intégrant à la fois des indicateurs