La pension moyenne de droit direct des retraités résidant en France atteignait 1 666 € bruts par mois fin 2023, soit 1 541 € nets des prélèvements sociaux, d’après la dernière édition du panorama de la Drees. Derrière cette moyenne se trouvent des situations très différentes. Les femmes percevaient notamment une pension de droit direct moyenne inférieure de 38 % à celle des hommes. Préparer financièrement sa retraite suppose donc d’évaluer la fraction des dépenses futures qui pourra être couverte par les pensions et celle qui devra être financée par le patrimoine accumulé.
Le temps restant avant la cessation d’activité modifie profondément la manière d’y répondre. Un capital destiné à produire des revenus dans 15 ans peut supporter des fluctuations qu’un épargnant ayant besoin de cet argent dans deux ans acceptera difficilement. Le Plan d’épargne retraite (PER), l’assurance-vie et l’immobilier remplissent eux-mêmes des fonctions différentes selon la durée disponible, la fiscalité du foyer, les dépenses prévues après le départ et la composition du patrimoine existant. La préparation gagne ainsi à partir du calendrier des besoins plutôt que d’une recherche abstraite du placement le plus performant.
À plus de 10 ans du départ, le temps autorise davantage de risque
Une retraite encore éloignée laisse plusieurs cycles économiques et financiers au patrimoine pour évoluer. Cette durée rend envisageable une exposition aux marchés financiers pour la fraction de l’épargne qui ne sera pas mobilisée auparavant. La répartition entre actions, obligations, fonds en euros et autres actifs financiers doit alors correspondre à la capacité de l’épargnant à supporter des fluctuations et à conserver ses investissements pendant la durée prévue.
L’intérêt du temps apparaît aussi dans la capitalisation. Avec une hypothèse constante de rendement annuel net de frais de 2 %, 300 € investis chaque mois pendant 15 ans représenteraient environ 62 900 € au terme de la période pour 54 000 € versés. À 4 %, le capital atteindrait environ 73 800 € et, à 6 %, près de 87 200 €. Ces montants relèvent d’une simulation mathématique et ne constituent ni une prévision de rendement ni une promesse de performance.
Cette durée invite surtout à regarder la composition du patrimoine dans son ensemble. Début 2024, l’immobilier constituait la composante dominante du patrimoine pour une grande partie des ménages situés entre le 4e et le 9e décile de patrimoine brut. Un propriétaire de sa résidence principale et de deux logements locatifs peut ainsi être déjà fortement exposé à la pierre, même si son assurance-vie comporte majoritairement des supports financiers. Ajouter un nouvel appartement locatif à son patrimoine n’a pas le même effet qu’investir une somme équivalente dans des actifs financiers diversifiés.
Hypothèse construite pour l’article
Ce que 300 € par mois peuvent devenir en 15 ans
Versement mensuel de 300 € — durée 15 ans — total versé 54 000 €.
| Rendement annuel net | Capital estimé au terme |
|---|---|
| 2 % | ≈ 62 900 € |
| 4 % | ≈ 73 800 € |
| 6 % | ≈ 87 200 € |
Rendements supposés constants uniquement pour le calcul. La fiscalité n’est pas intégrée et aucune de ces hypothèses ne constitue une anticipation de performance.
Le PER prend une place différente dans cette phase d’accumulation. Les versements volontaires peuvent être déduits du revenu imposable dans la limite du plafond disponible. Le montant mobilisable par chaque contribuable dépend notamment de ses revenus professionnels et des plafonds non utilisés dont il peut encore disposer. Il figure sur l’avis d’impôt et mérite d’être contrôlé avant tout versement motivé par la recherche d’une déduction fiscale.
L’économie obtenue à l’entrée dépend directement du taux marginal d’imposition (TMI), c’est-à-dire du taux appliqué à la tranche la plus élevée des revenus imposables du foyer. Un versement déductible de 5 000 € représente théoriquement une économie d’impôt de 1 500 € pour la fraction effectivement déduite à un TMI de 30 %, contre 550 € à 11 %. Cette économie doit être rapprochée de la fiscalité applicable lorsque l’argent sera récupéré. Pour des versements volontaires préalablement déduits, le capital correspondant aux versements est soumis au barème de l’impôt sur le revenu lors d’une sortie en capital.
Hypothèse construite pour l’article
Le PER selon le niveau d’imposition
Un épargnant verse 8 000 € sur son PER et déduit l’intégralité de cette somme.
| TMI | Économie d’impôt immédiate |
|---|---|
| 11 % | 880 € |
| 30 % | 2 400 € |
| 41 % | 3 280 € |
Le calcul mesure l’effet immédiat de la déduction. Il n’intègre ni rendement, ni frais, ni fiscalité à la sortie ; les versements déduits sont imposés lors de leur récupération.
Entre 5 et 10 ans, la disponibilité du capital reprend du poids
Lorsque la date du départ devient identifiable, le patrimoine commence à changer de fonction. L’épargne accumulée pendant la vie professionnelle devra bientôt pouvoir financer des dépenses dont certaines seront connues à l’avance. Le remboursement d’un crédit, des travaux dans la résidence principale, l’achat d’un véhicule, l’aide apportée à un enfant ou le financement des premières années de retraite peuvent réclamer des capitaux à des dates différentes.
L’assurance-vie trouve ici une utilité liée à sa souplesse. Un rachat peut être partiel, ce qui permet de récupérer une fraction du capital sans fermer le contrat. Pour un contrat de plus de 8 ans, les gains compris dans les rachats bénéficient d’un abattement annuel d’impôt sur le revenu de 4 600 € pour une personne seule et de 9 200 € pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune. Les prélèvements sociaux restent dus sur les produits selon les règles applicables.
L’ancienneté fiscale mérite donc d’être prise en compte plusieurs années avant le départ. Un contrat coûteux ou proposant une gamme de supports peu satisfaisante ne devient pas performant parce qu’il a plus de 8 ans. Son antériorité fiscale conserve néanmoins une valeur. Une clôture entraîne la disparition de cette ancienneté, ce qui justifie d’examiner les autres solutions disponibles avant de solder le contrat.
| trois dates à inscrire sur son calendrier patrimonial La date de cessation d’activité Elle fixe le moment à partir duquel les revenus professionnels disparaissent ou diminuent. La date des premières dépenses importantes Travaux, véhicule, remboursement d’un emprunt ou aide familiale peuvent nécessiter du capital avant même la liquidation de la retraite. L’ancienneté des enveloppes détenues Pour l’assurance-vie, le passage des 8 ans ouvre notamment l’accès à l’abattement annuel applicable aux gains compris dans les rachats. Placer ces échéances sur une même chronologie permet d’identifier les sommes qui peuvent rester investies plusieurs années et celles dont la disponibilité devra être organisée plus tôt. |
Le PER obéit à un calendrier différent. Hors cas légaux de déblocage anticipé, l’épargne est destinée à être récupérée à la retraite. À cette échéance, les sommes issues des versements volontaires peuvent être perçues en capital, en rente viagère ou selon une combinaison des 2, en fonction des caractéristiques du plan. Le capital peut également être fractionné. Cette faculté entre directement dans la préparation fiscale du départ, puisqu’un montant élevé récupéré au cours d’une même année peut produire une imposition différente de plusieurs retraits répartis dans le temps.
À moins de 5 ans, protéger les dépenses déjà programmées
Plus une dépense se rapproche, plus le niveau de risque supportable par l’argent qui doit la financer se réduit. Un portefeuille destiné à compléter les revenus pendant les 20 premières années de retraite conserve un horizon long. La somme prévue pour financer 30 000 € de travaux dans 18 mois répond à une autre temporalité, même si les deux capitaux appartiennent au même ménage.
Cette distinction conduit à raisonner par échéance. Réduire l’exposition aux actifs volatils de la totalité du patrimoine trois ans avant la retraite peut limiter le potentiel de capitaux qui ne seront consommés que 10 ou 15 ans plus tard. Maintenir sur les marchés l’argent nécessaire dès les premiers mois de retraite expose à devoir vendre des actifs après une baisse. La durée pertinente correspond ainsi à la date d’utilisation de chaque fraction du capital.
La gestion pilotée à horizon des PER repose sur une logique proche. La composition du portefeuille évolue à mesure que l’échéance approche, avec une réduction progressive de la part des actifs présentant le plus de risque selon le profil choisi. L’épargnant doit toutefois examiner la composition effective de son allocation, les frais du contrat et le niveau de risque des supports plutôt que déduire de l’appellation « gestion pilotée » une protection automatique du capital.
Hypothèse construite pour l’article
Une retraite dans trois ans ne donne pas un horizon de trois ans à tout le patrimoine
Une personne dispose de 180 000 € d’épargne financière avant son départ :
- 25 000 € de travaux la première année de retraite ;
- 20 000 € conservés pour les imprévus ;
- 36 000 € sur les trois premières années pour compléter les pensions.
Besoins identifiés : 81 000 €. Les 99 000 € restants peuvent conserver un horizon d’investissement bien plus long — plutôt que d’aligner le risque de la totalité sur la seule date de départ.
L’immobilier locatif impose son propre calendrier. Début 2024, 61,2 % des ménages détenaient un patrimoine immobilier. À l’approche de la retraite, la valeur du logement ne suffit pas à mesurer sa contribution aux revenus futurs. Le loyer doit être diminué des charges non récupérables, de la fiscalité, des dépenses d’entretien, des travaux et des périodes de vacance pour apprécier ce que le bien procure effectivement à son propriétaire.
Les contraintes énergétiques peuvent modifier ce calcul. Les logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE) sont concernés depuis 2025 par les restrictions de location prévues par la réglementation. Le calendrier doit ensuite s’étendre aux logements classés F en 2028 puis E en 2034. Pour un propriétaire qui compte sur ses loyers pendant sa retraite, le coût d’une rénovation énergétique et sa date de réalisation entrent donc dans l’arbitrage entre conservation, travaux et cession.
Une fois retraité, organiser les retraits devient une décision patrimoniale
Le passage à la retraite transforme progressivement un patrimoine constitué pendant la vie active en source de financement des dépenses. Deux ménages possédant chacun 300 000 € d’actifs financiers disposent d’une marge très différente si l’un couvre ses dépenses courantes avec ses pensions tandis que l’autre doit retirer 15 000 € chaque année de son capital.
Le besoin de revenu complémentaire constitue alors une donnée de départ. Il peut être calculé à partir des dépenses prévisionnelles, des pensions nettes attendues, des loyers nets éventuellement perçus et des autres revenus réguliers. Les dépenses irrégulières gagnent à être isolées. Une toiture, un véhicule ou une aide familiale de 20 000 € ne mobilisent pas le patrimoine de la même façon qu’un complément mensuel récurrent.
L’ordre des retraits compte également. Une assurance-vie ancienne, un PER alimenté avec des versements déduits, des liquidités et un portefeuille de titres produisent des conséquences fiscales différentes. Pour le PER, la part d’une sortie en capital correspondant aux versements volontaires qui ont été déduits du revenu imposable est soumise au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Le calendrier des sorties mérite donc d’être rapproché des autres revenus imposables perçus la même année.
Hypothèse construite pour l’article
Le chiffre à calculer avant le premier retrait
| Dépenses annuelles de retraite estimées | 42 000 € |
| Pensions nettes prévisionnelles | − 34 000 € |
| Revenus locatifs nets (après charges et fiscalité) | − 4 500 € |
| Besoin restant à financer par le patrimoine | 3 500 € / an |
Avec 250 000 € de patrimoine financier disponible, ce besoin courant représente 1,4 % du capital initial par an.
Ce ratio mesure la fraction du capital initial appelée à financer les dépenses courantes la première année. Les dépenses exceptionnelles, la performance future des placements, l’inflation et l’évolution des revenus modifieront ensuite cette trajectoire.
Cette organisation doit aussi tenir compte du patrimoine immobilier de jouissance. Un crédit immobilier qui se termine au moment du départ peut réduire fortement les charges mensuelles du ménage. Une grande résidence principale devenue coûteuse à entretenir peut produire un résultat budgétaire différent. La conservation, la vente ou le remplacement du logement doivent alors être examinés à partir de leur incidence sur les dépenses futures, le capital disponible et les projets de transmission.
Donner une fonction à chaque poche du patrimoine
La préparation peut commencer par une projection des flux. Une estimation des pensions attendues fournit un premier niveau de revenus. Les dépenses récurrentes permettent ensuite de calculer le complément annuel à financer. Les projets déjà identifiés sont positionnés dans le temps avec leur montant prévisionnel. Le patrimoine disponible peut alors être réparti selon ces échéances.
Une première poche peut couvrir les dépenses proches et les imprévus. Une autre peut financer les premières années de complément de revenus. Les capitaux dont l’utilisation est beaucoup plus éloignée disposent d’un horizon supérieur et peuvent conserver une allocation compatible avec cette durée. Le PER trouve sa place lorsque son régime fiscal et son horizon correspondent à la situation du foyer. L’assurance-vie peut organiser des retraits plus souples et accueillir une épargne financière diversifiée. L’immobilier procure éventuellement des loyers ou réduit les dépenses de logement lorsqu’il s’agit de la résidence principale, tout en concentrant souvent une fraction importante du patrimoine.
Le diagnostic devient plus précis en rapprochant la date probable de départ, le montant prévisionnel des pensions, les dépenses attendues et la composition de l’ensemble des actifs et dettes. Lorsque plusieurs enveloppes fiscales doivent être coordonnées, le conseiller en gestion de patrimoine peut chiffrer différents calendriers de retraits. La présence d’une société ou d’un patrimoine professionnel peut justifier l’intervention d’un expert-comptable pour déterminer les revenus disponibles après cessation d’activité. Un notaire intervient utilement lorsqu’une vente immobilière, une donation, la protection du conjoint ou l’organisation de la succession accompagne cette réorganisation patrimoniale.
Références
DREES, Les retraités et les retraites – Édition 2025
INSEE, Les montants de patrimoine détenus par les ménages en 2024
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8672665
INSEE, La détention de patrimoine des ménages en 2024
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8569009
Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et énergétique, Comment fonctionne le plan d’épargne retraite (PER) individuel ?
Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et énergétique, Quelle est la fiscalité de l’assurance-vie ?
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Journaliste au Club du Patrimoine by Adomos.


