Immobilier & Habitat

Expulser un locataire Airbnb : vos droits face à un occupant qui refuse de partir

LV
Lauréna Valette
13 avril 2026
6 min de lecture
Immobilier & Habitat
Expulser un locataire Airbnb : vos droits face à un occupant qui refuse de partir

Louer son logement en location courte durée via Airbnb est devenu courant. Mais derrière cette pratique souvent rentable se cache un risque méconnu : celui d’un occupant qui refuse de quitter les lieux à la fin de son séjour.

Ce scénario, encore rare, existe bel et bien. Et il peut rapidement tourner au casse-tête juridique pour les propriétaires. Car contrairement à ce que l’on pourrait croire, expulser un locataire Airbnb n’a rien d’immédiat.

Alors quels sont vos droits ? Quels recours en cas de litige locatif ? Et surtout, comment réagir sans se mettre en faute ?

Un « squat Airbnb » qui n’en est pas vraiment un

Lorsqu’un voyageur reste dans un logement après la fin de sa réservation, on parle souvent de « squat Airbnb ». En réalité, juridiquement, la situation est différente. Contrairement à un squatteur classique, cet occupant est entré légalement dans le logement. Il ne s’agit donc pas d’une intrusion, mais d’une occupation sans droit ni titre une fois le séjour terminé.

Résultat, la fameuse loi anti-squat de 2023, qui permet une expulsion rapide en cas d’intrusion, ne s’applique pas dans ce cas.

Concrètement, cela signifie que le propriétaire doit engager une procédure d’expulsion classique, souvent plus longue et plus complexe. Cette situation repose sur une « zone grise juridique » : l »occupant n »est plus autorisé à rester… mais il ne peut pas non plus être expulsé immédiatement.

Ce que vous n’avez surtout pas le droit de faire

Face à un occupant qui refuse de partir, la tentation est grande d’agir rapidement. Pourtant, certaines actions sont strictement interdites.

Même si la situation semble injuste, vous ne pouvez pas :

  • changer les serrures
  • couper l’eau, l’électricité ou le gaz
  • expulser la personne vous-même

Ces pratiques sont considérées comme une violation de domicile, passible de sanctions pénales (jusqu’à 3 ans de prison et 30 000 € d’amende).

En France, même un occupant sans droit ni titre bénéficie d’une protection minimale. C’est pourquoi, en cas de litige locatif, le respect de la procédure légale est indispensable, sous peine de se retourner contre vous.

Les premières étapes : privilégier une solution amiable

Avant d’engager un recours juridique, il est recommandé de tenter une résolution à l’amiable. Dans la majorité des cas, la situation peut se débloquer avec quelques actions simples :

  • rappeler la date de départ prévue
  • échanger par écrit (messages, emails)
  • conserver toutes les preuves

Vous pouvez également contacter la plateforme Airbnb pour signaler le problème et demander une médiation. Toutefois, Airbnb peut intervenir en tant qu’intermédiaire, mais n’a aucun pouvoir pour expulser un occupant.

Cette phase est essentielle : elle permet de constituer un dossier solide en cas de procédure d’expulsion.

Mise en demeure et recours juridique : quand la situation se bloque

Si l’occupant refuse toujours de partir, il faut passer à l’étape suivante : formaliser le conflit. La première action consiste à envoyer une mise en demeure (lettre recommandée), qui marque officiellement le début du litige. Ensuite, plusieurs démarches sont possibles comme faire constater la situation par un commissaire de justice, déposer une plainte ou signaler l’occupation, mais aussi, consulter un avocat.

L’objectif : prouver que la personne se maintient illégalement dans le logement.

La procédure d’expulsion : une étape souvent longue

Si aucune solution amiable n’aboutit, il faudra saisir le juge. La procédure d’expulsion passe généralement par le juge des contentieux de la protection, souvent en référé (procédure d’urgence). Le juge peut alors ordonner l’expulsion et prévoir une astreinte financière par jour de retard.

Une fois la décision rendue :

  • elle doit être signifiée par un commissaire de justice
  • l’expulsion peut être réalisée avec le concours des forces de l’ordre

Le délai d’expulsion varie fortement :

  • quelques semaines dans les cas simples
  • plusieurs mois, voire plus, si le dossier est complexe

Pendant toute cette période, le propriétaire ne peut pas récupérer son bien.

La trêve hivernale s’applique-t-elle ?

Bonne nouvelle pour les propriétaires : en principe, la trêve hivernale ne concerne pas la location courte durée. En effet, ce type de logement n’est pas considéré comme une résidence principale. Cependant, il existe une exception si le juge requalifie la situation en bail classique (rare mais possible), la protection peut alors s’appliquer.

Comment éviter ce type de situation ?

Le meilleur moyen d’éviter un litige locatif reste la prévention.

Voici quelques réflexes simples :

  • vérifier le profil et les avis des voyageurs
  • éviter les réservations hors plateforme
  • demander une pièce d’identité si nécessaire
  • rédiger un contrat de location saisonnière
  • prévoir une caution
  • utiliser une serrure connectée avec code temporaire

Certains signaux doivent aussi alerter :

  • profil récent ou incomplet
  • communication floue
  • demande de prolongation inhabituelle

En pratique, la vigilance en amont reste votre meilleur recours juridique sans passer par la justice.

Ce qu’il faut retenir

Expulser un locataire Airbnb est possible, mais rarement rapide. Parce qu’il est entré légalement, l’occupant relève d’un régime spécifique, celui de l’occupation sans droit ni titre. Résultat : pas d’expulsion immédiate, l’obligation de suivre une procédure judiciaire et des délais parfois longs.

Face à ce type de situation, deux règles essentielles : agir rapidement et respecter scrupuleusement la loi. Car en matière de droit du propriétaire, vouloir aller trop vite peut parfois coûter encore plus cher.

Références :

Edito.seloger.com, Location courte durée : les signaux à surveiller pour éviter un squat, https://edito.seloger.com/conseils-d-experts/louer/squat-de-location-airbnb-qu-faut-savoir-s-proteger-article-20999_31.html

Community.withairbnb.com, Quels sont mes droits si le locataire ne quitte pas l’appartement à la date prevue?, https://community.withairbnb.com/t5/Accueillir-vos-voyageurs/Quels-sont-mes-droits-si-le-locataire-ne-quitte-pas-l/m-p/87227

Leocare.eu, Comment une simple location Airbnb peut se transformer en squat, https://leocare.eu/fr/blog/location-squat-airbnb/

Jedeclaremonmeuble.com, Squatteurs Airbnb en France : Que faire ? Guide (2026), https://www.jedeclaremonmeuble.com/squatteur-airbnb-que-faire/

Lodgify.com, Squatteurs Airbnb : Que dit la loi et comment se protéger ?, https://www.lodgify.com/blog/fr/squatteur-airbnb/

Talon-meillet-avocats.com, Expulsion d’un locataire « Airbnb » qui se maintient au-delà de la durée de réservation : procédure légale et conseils pratiques, https://www.talon-meillet-avocats.com/expulsion-locataire-airbnb-procedure-legale/

TF1info.fr, Location Airbnb : quel recours si l’occupant refuse de quitter les lieux ?, https://www.tf1info.fr/immobilier/location-airbnb-quel-recours-si-l-occupant-refuse-de-quitter-les-lieux-2360166.html

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Lauréna Valette
Journaliste

Journaliste au Club du Patrimoine by Adomos.

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