Une réponse obtenue en quelques secondes, un tableau parfaitement présenté, une stratégie d’investissement qui semble conçue sur mesure… L’intelligence artificielle peut rapidement donner l’impression de maîtriser un sujet complexe. De plus en plus d’épargnants utilisent d’ailleurs ChatGPT, Gemini, Claude ou d’autres outils pour comprendre les placements et préparer leurs décisions. Selon l’Autorité des marchés financiers, 11 % des Français consultent déjà une IA avant d’effectuer un placement. Cette proportion atteint 19 % chez les moins de 35 ans. Pourtant, une réponse convaincante n’est pas nécessairement une réponse juste. En matière d’argent, certaines erreurs peuvent coûter cher.
1. Prendre une réponse bien formulée pour une information fiable
L’une des principales forces de l’intelligence artificielle est aussi l’un de ses plus grands pièges : elle présente généralement ses réponses avec assurance, y compris lorsqu’elle se trompe. Elle peut inventer une donnée, confondre deux règles fiscales ou s’appuyer sur une information devenue obsolète.
Ce phénomène est parfois appelé une "hallucination". Pour l’investisseur, le danger consiste à reprendre un taux, une condition d’éligibilité ou une fiscalité sans consulter la source originale. Les règles concernant le PEA, l’assurance-vie, les SCPI ou les plus-values peuvent évoluer. Une réponse exacte il y a deux ans ne l’est donc pas forcément aujourd’hui.
L’Autorité européenne des marchés financiers rappelle que les outils d’IA présentent notamment des risques liés à la qualité des données, aux biais et au manque de transparence. Même les professionnels qui les utilisent doivent mettre en place une supervision et des contrôles réguliers.
2. Demander à l’IA de choisir un placement à votre place
Une IA peut expliquer le fonctionnement d’un ETF ou comparer les grandes caractéristiques d’un Livret A et d’une assurance-vie. En revanche, elle ne connaît pas spontanément l’ensemble de votre situation.
Votre âge, vos dettes, vos projets, votre fiscalité, votre besoin de liquidités et votre réaction face aux pertes doivent être pris en compte avant toute recommandation. Une même somme ne sera pas placée de la même manière par une personne souhaitant acheter un logement dans deux ans et par un épargnant qui prépare sa retraite dans vingt ans.
Lorsqu’elle manque d’informations, l’IA comble souvent les vides avec un profil moyen. Elle peut alors proposer une répartition apparemment équilibrée, mais inadaptée à vos objectifs réels.
Par exemple, une IA peut proposer d’investir 60 % d’une épargne en actions pour rechercher de la performance à long terme. Cette répartition peut être cohérente sur vingt ans. Elle devient beaucoup plus risquée si l’argent doit servir d’apport immobilier dans dix-huit mois.
3. Confondre personnalisation et véritable devoir de conseil
Une réponse peut sembler personnalisée parce que l’IA reprend votre âge, vos revenus et votre objectif. Cela ne signifie pas qu’elle remplit les mêmes obligations qu’un conseiller réglementé.
Un professionnel doit recueillir des informations précises, vérifier que le produit est adapté et expliquer ses risques. Il engage également sa responsabilité. Un assistant généraliste, lui, fournit avant tout du contenu informatif. Il ne vous accompagne pas nécessairement en cas d’erreur ou de perte.
Cette distinction est d’autant plus importante que 67 % des Français interrogés par l’AMF pensent que l’utilisation de l’IA par les professionnels peut provoquer des erreurs ou de mauvaises décisions.
4. Utiliser l’IA uniquement pour confirmer son intuition
Lorsqu’un investisseur est convaincu qu’une action, une cryptomonnaie ou un secteur va progresser, il peut être tenté de poser une question orientée : "Pourquoi cette entreprise constitue-t-elle une excellente opportunité ?"
L’IA cherchera alors des arguments allant dans le sens de la demande. Elle peut ainsi renforcer le biais de confirmation, c’est-à-dire notre tendance à privilégier les informations qui confortent nos convictions.
Certaines recherches récentes montrent également que les grands modèles de langage peuvent proposer des portefeuilles peu diversifiés, davantage tournés vers les grandes entreprises, les valeurs déjà très médiatisées et les tendances récentes. Ils ne garantissent donc pas une meilleure performance qu’une stratégie simple et diversifiée.
Pour limiter ce risque, il est préférable d’utiliser l’IA comme un contradicteur. Demandez-lui quels éléments pourraient invalider votre scénario, quels risques vous oubliez ou comment votre portefeuille réagirait à une baisse importante des marchés.
5. Partager trop facilement ses données financières
Pour obtenir une réponse plus précise, certains utilisateurs renseignent leurs revenus, leurs comptes, leur patrimoine immobilier ou téléchargent leurs relevés bancaires. Ces informations sont pourtant particulièrement sensibles.
Avant de transmettre un document, il faut vérifier les conditions de confidentialité de l’outil utilisé et supprimer les données permettant de vous identifier : nom, adresse, numéro fiscal, IBAN ou numéro de contrat. L’OCDE souligne que l’utilisation croissante de l’IA en finance augmente les risques de fuite de données, de fraude et de cyberattaque.
La check-list avant de suivre une suggestion de l’IA
Avant d’investir, posez-vous cinq questions :
La réponse comporte-t-elle des sources précises et récentes ?
Les chiffres ont-ils été vérifiés sur un site officiel ?
L’IA connaît-elle réellement mon horizon et mon niveau de risque ?
Ai-je demandé les arguments contraires à cette recommandation ?
Suis-je prêt à perdre une partie de l’argent investi ?
L’intelligence artificielle reste un excellent outil pour vulgariser une notion, préparer une simulation ou identifier les questions à poser. Elle devient plus dangereuse lorsqu’on lui délègue entièrement la décision. La bonne méthode consiste donc à s’en servir comme d’un assistant, puis à confronter ses réponses aux documents officiels et, lorsque les enjeux sont importants, à un professionnel habilité.
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