Lors de l’achat d’un bien immobilier, il est souvent recommandé de ne surtout pas le revendre avant cinq ans. Cette durée est devenue une sorte de seuil symbolique, censée protéger les acheteurs d’une mauvaise opération financière. Pourtant, dans la réalité, les choses sont un peu plus nuancées.
Aucune loi n’impose de conserver un logement pendant une durée minimale. La vraie question n’est donc pas « peut-on revendre avant cinq ans ? » mais plutôt dans quels cas cela reste financièrement cohérent. Si revendre trop tôt est souvent coûteux, ce n’est pas systématiquement une erreur.
Pourquoi les 5 ans sont devenus la référence
Lorsque vous achetez un logement, vous payez bien plus que son prix affiché. À l’achat s’ajoutent des frais dits « d’acquisition » : frais de notaire (environ 7 à 8 % dans l’ancien, 2 à 3 % dans le neuf), frais d’agence, frais de garantie du prêt (hypothèque ou caution), voire honoraires de courtier.
Concrètement, sur un bien ancien acheté 250 000 euros, ces frais peuvent dépasser 25 000 euros. Pour rentrer dans vos frais à la revente, il faut donc que le bien ait pris au moins 10 % de valeur. Or, une telle hausse est rarement atteinte en seulement quelques années, surtout dans un marché stable.
C’est pour cette raison que l’on estime qu’il faut entre 5 et 10 ans pour amortir correctement un achat immobilier.
Les pénalités de remboursement anticipé, plus lourdes au début
Autre élément sous-estimé : le crédit immobilier. Lorsqu’un prêt est soldé avant son terme, la banque peut appliquer des indemnités de remboursement anticipé. Elles sont plafonnées par la loi à 3 % du capital restant dû ou 6 mois d’intérêts, le montant le plus faible étant retenu.
Dans les premières années, les mensualités contiennent une part importante d’intérêts. Résultat : plus vous revendez tôt, plus ces pénalités sont élevées. C’est un coût supplémentaire à intégrer dans le calcul global de l’opération.
Attention à la fiscalité en cas de revente rapide
Si le logement revendu n’est pas votre résidence principale, la plus-value est taxable à 36,2 % (impôt sur le revenu + prélèvements sociaux). Les abattements pour durée de détention ne commencent qu’à partir de la sixième année, ce qui rend une revente rapide fiscalement défavorable.
Certains dispositifs fiscaux sont également assortis d’engagements de durée. Un logement neuf acheté avec une TVA réduite à 5,5 % doit par exemple être conservé dix ans. En cas de revente anticipée, une partie de l’avantage doit être remboursée, sauf exceptions (mobilité professionnelle, divorce, décès…). Même logique pour les dispositifs d’investissement locatif comme le Pinel : revendre avant la fin de l’engagement entraîne la restitution des réductions d’impôt perçues.
Dans quels cas revendre avant 5 ans peut rester pertinent
Malgré tout, revendre avant cinq ans n’est pas toujours une erreur. Premier cas évident : la résidence principale. Elle est totalement exonérée d’impôt sur la plus-value, quelle que soit la durée de détention. Si le marché local a progressé, une revente rapide peut même être neutre, voire positive.
Deuxième situation : un changement de vie contraint. Mutation professionnelle à plus de 70 km, séparation, divorce, chômage de longue durée ou accident de la vie. Dans ces cas, la revente n’est pas un choix stratégique mais une nécessité, et la loi prévoit souvent des exonérations ou des allègements (notamment sur les pénalités de remboursement anticipé).
Troisième cas : un marché local très dynamique. Dans certaines zones tendues, une hausse rapide des prix peut compenser les frais d’achat, même sur une courte période. Cela reste toutefois l’exception plutôt que la règle, et nécessite une estimation précise du bien.
Enfin, il peut être financièrement plus raisonnable de vendre tôt plutôt que de conserver un logement devenu inadapté (charges trop élevées, difficultés de location, travaux lourds à venir). Parfois, limiter une perte aujourd’hui évite une situation plus coûteuse demain.
Les frais souvent oubliés lors d’une revente rapide
Avant de trancher, il faut aussi intégrer les frais liés à la vente elle-même : diagnostics obligatoires, frais d’agence, frais de mainlevée d’hypothèque, voire frais de mutation en copropriété. Ces montants, additionnés aux coûts déjà engagés, peuvent peser lourd dans la balance.
Il faut également vérifier que le prix de vente permettra bien de rembourser le capital restant dû. Si ce n’est pas le cas, le vendeur devra compléter avec ses propres fonds.
Références
Edito.seloger.com, Revente immobilière : la règle des 5 ans est-elle (vraiment) incontournable ?, https://edito.seloger.com/conseils-d-experts/vendre/faut-vraiment-attendre-5-ans-de-revendre-logement-article-20142_13.html
Blog.immoove.com, Revendre un bien avant 5 ans, c’est possible ?, https://blog.immoove.com/revendre-un-bien-immobilier-avant-5-ans/
Actualites.logic-immo.com, Vendre son logement moins de 5 ans après son achat, est-ce une bonne idée ?, https://actualites.logic-immo.com/conseils-d-experts/vendre/vendre-logement-de-5-ans-apres-achat-une-bonne-idee-article-1463.html