L’assurance-vie demeure l’une des clefs de voûte du patrimoine financier des ménages français, aussi bien pour l’accumulation progressive d’épargne que pour l’organisation de la transmission familiale.
En 2025, près de 40 % des foyers détenaient au moins un contrat, confirmant l’ancrage profond de cet outil dans les stratégies patrimoniales à long terme. Cette place centrale s’explique par la combinaison de plusieurs atouts, parmi lesquels la liberté des versements, l’accès à une large palette de supports financiers et un régime fiscal historiquement distinct du droit commun.
Toutefois, l’examen du projet de loi de finances pour 2026 ravive les interrogations autour de la pérennité de cet équilibre. Plusieurs amendements discutés au Parlement évoquent des ajustements susceptibles de modifier certains avantages attachés à l’assurance-vie, notamment lors de la transmission des capitaux et sur le traitement fiscal des gains. Même en l’absence de réforme globale actée à ce stade, ces débats alimentent une zone d’incertitude qui incite les épargnants à anticiper, sans précipitation, les évolutions possibles afin de préserver la cohérence de leur stratégie patrimoniale.
Ce contexte est d’autant plus mouvant que la commission des finances de l’Assemblée nationale a de nouveau rejeté, les 9 et 10 janvier 2026, les volets “recettes” puis “dépenses” du projet de loi de finances pour 2026. Cette double négation en nouvelle lecture renforce la zone grise autour du calendrier et du périmètre exact des mesures qui pourraient, in fine, être adoptées.
Transmission et fiscalité successorale : une architecture sous observation

Le cadre fiscal applicable à la transmission de l’assurance-vie constitue l’un de ses ressorts les plus puissants. Actuellement, les sommes versées avant l’âge de 70 ans bénéficient d’un abattement individuel de 152 500 € par bénéficiaire. Au-delà de ce seuil, la fiscalité prévoit une imposition de 20 %, puis de 31,25 % pour la fraction excédant 700 000 €.
Ce traitement spécifique distingue nettement l’assurance-vie du régime des successions classiques et explique son rôle central dans la planification patrimoniale.
Dans le cadre des discussions budgétaires pour 2026, certains amendements proposent l’introduction d’une tranche marginale supplémentaire, fixée à 45 %, applicable aux capitaux transmis excédant 1 805 677 € par bénéficiaire. Cette mesure viserait prioritairement les transmissions de très hauts montants, sans remettre en cause les abattements existants pour la majorité des ménages.
Gains, retraits et stabilité relative du cadre actuel : une vigilance de long terme

En l’état du droit, les produits générés par un contrat d’assurance-vie ne sont soumis à l’impôt qu’au moment d’un retrait. Les gains correspondants relèvent alors du prélèvement forfaitaire unique PFU, fixé à 30 %. Après 8 ans de détention, ce régime est assorti d’abattements annuels sur les gains de 4 600 € pour une personne seule et de 9 200 € pour un couple, renforçant l’intérêt d’une détention longue.
Aucune disposition du projet de loi de finances pour 2026 ne prévoit explicitement une remise en cause de ce mécanisme lors des rachats. Toutefois, certaines propositions évoquent indirectement la question des plus-values latentes au moment des transmissions, dans une logique d’élargissement de l’assiette fiscale. Même si ces hypothèses restent incertaines, elles rappellent que la fiscalité de l’assurance-vie pourrait évoluer par ajustements progressifs, ce qui renforce la nécessité d’inscrire ce placement dans une réflexion patrimoniale étendue et dynamique.
Fonds en euros et fiscalité du patrimoine : scénarios ouverts
Au-delà des enjeux successoraux, le débat fiscal s’étend parfois à la notion d’actifs considérés comme faiblement productifs. Certaines réflexions portent sur une extension potentielle de l’impôt sur la fortune immobilière, l’IFI, qui pourrait, dans certains scénarios, intégrer des composantes financières aujourd’hui exclues, y compris certains supports sécurisés de l’assurance-vie.
Même si aucune mesure de ce type n’a été retenue à ce stade, ces hypothèses nourrissent les interrogations des épargnants. Les fonds en euros, qui concentrent encore une part importante des encours, pourraient être concernés si une telle orientation venait à se concrétiser. Cette perspective souligne l’intérêt d’éviter une concentration excessive du patrimoine sur un seul support, aussi protecteur soit-il historiquement.
Bâtir une stratégie résiliente dans un paysage fiscal en mouvement
Face à ces incertitudes, l’anticipation repose avant tout sur la maîtrise du cadre existant. Tant qu’aucune réforme n’est votée, les règles actuelles demeurent applicables et continuent d’offrir un environnement favorable, notamment pour les contrats anciens. Une réflexion sur le rythme des versements, la diversification des supports et l’articulation avec d’autres enveloppes patrimoniales permet de renforcer la résilience du plan adopté.
Pour les familles, l’enjeu consiste à replacer l’assurance-vie dans une vision d’ensemble, incluant fiscalité future, transmission et capacité d’épargne réelle. L’accompagnement par un professionnel du conseil patrimonial permet d’éviter des décisions hâtives fondées sur des controverses encore non stabilisées. Dans un environnement budgétaire fluctuant, la prudence ne consiste pas à renoncer à l’assurance-vie, mais à l’utiliser avec discernement comme un instrument structurant au service d’objectifs clairement établis.
Références :
Les Échos, Budget 2026 : une dernière ligne droite qui s’annonce très chahutée
https://www.lesechos.fr/economie-france/budget-fiscalite/budget-2026-une-derniere-ligne-droite-qui-sannonce-tres-chahutee-2208897
Placement meilleur taux, Budget 2026 : la transmission du capital de l’assurance vie avant le décès du titulaire serait plus facile
https://placement.meilleurtaux.com/assurance-vie/actualites/2025-novembre/budget-2026-transmission-capital-assurance-vie-avant-deces-titulaire-serait-plus-facile.html
Assemblée nationale, Amendement relatif à la création d’une tranche marginale spécifique sur les capitaux d’assurance-vie transmis
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/amendements/1906A/CION_FIN/CF590
Assemblée nationale, Amendement portant sur la transmission anticipée exceptionnelle de primes d’assurance-vie en 2026
https://www.assemblee-nationale.fr/17/amendements/1906A/AN/3626.asp
Direction générale des finances publiques, BOFiP Assurance-vie Régime fiscal des produits et des capitaux transmis
https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/3426-PGP.html
Club Patrimoine, PLFSS 2026 : le vote définitif confirme une hausse ciblée de la CSG qui épargne l’assurance-vie et l’immobilier
https://www.clubpatrimoine.com/contenus/plfss-csg