PER, assurance-vie, fonds euros : un triptyque patrimonial pour concilier prudence et rendement

L’environnement financier français fluctue dans un contexte de stabilisation durable avec des taux longs proches de 3,5 % pour l’OAT (Obligations Assimilables du Trésor) à 10 ans début 2026, selon les données de l’Agence France Trésor. Cette accalmie redonne de la visibilité aux ménages cherchant à préparer leur retraite. Les couples dont les revenus annuels se situent entre 40 000 € et 80 000 € s’interrogent sur la répartition optimale entre Plan Épargne Retraite, assurance vie et fonds en euros. La clarification de ces choix devient indispensable à un moment où l’épargne longue reprend une place structurante dans la stratégie patrimoniale.

La constitution d’un patrimoine retraite dépend de l’horizon temporel et de la capacité d’épargne. Un couple pouvant mettre de côté 300 à 500 € par mois bénéficie d’une marge suffisante pour diversifier intelligemment ses placements. Le redressement des fonds en euros, dont les rendements se sont situés entre 2,2 % et 3,1 % en 2025, modifie la hiérarchie des produits disponibles. Toutefois, ce regain ne doit pas masquer les contraintes prudentielles pesant sur les assureurs. Cette conjoncture place l’assurance vie, le PER et les fonds euros au cœur d’une stratégie où l’horizon, la fiscalité future et la liquidité doivent être harmonisés.

Le Plan Épargne Retraite et son rôle dans l’optimisation fiscale

Le Plan Épargne Retraite conserve un rôle prépondérant grâce à la déductibilité des versements du revenu imposable. Les plafonds cumulés atteignent jusqu’à 37 094 € par personne en 2025 selon les données fiscales. Pour un foyer imposé à 30 %, un versement de 5 000 € génère une économie d’impôt de 1 500 €, ce qui constitue un avantage direct très recherché par les ménages de classe moyenne supérieure. Les unités de compte ont enregistré des performances moyennes comprises entre 4,1 % et 4,9 % en 2024 selon France Assureurs, rendant le PER pertinent pour des horizons supérieurs à 15 ans.

Le caractère tunnel du PER impose toutefois un examen attentif de la situation future. En dehors de cas exceptionnels comme l’achat de la résidence principale, les fonds restent bloqués jusqu’à la retraite. La fiscalité à la sortie varie selon que le couple opte pour un capital ou une rente, ce qui implique de modéliser la tranche d’imposition anticipée. Un couple prévoyant une baisse de revenus à la retraite bénéficie pleinement du différé fiscal. Cette condition fait du PER un outil adapté aux foyers dont la stabilité financière permet un effort d’épargne régulier et prolongé.

L’assurance vie comme outil polyvalent entre liquidité et transmission

L’assurance vie représente plus de 2 000 milliards € d’encours en 2025 selon la Banque de France, ce qui témoigne de son rôle incontournable dans le patrimoine des ménages. Elle assure une grande flexibilité grâce à sa liquidité améliorée après 8 ans de détention et son abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple. Les unités de compte ont dégagé en 2024 un rendement moyen d’environ 5 %, ce qui permet d’associer performance et souplesse dans un cadre contractuel stable.

La fiscalité successorale renforce l’intérêt du produit. Les primes versées avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, ce qui constitue un avantage significatif pour la transmission familiale. L’assurance vie peut également contenir une poche sécurisée en fonds euros tout en offrant une capacité de mobilisation rapide des capitaux en cas de besoin. Cette polyvalence en fait un complément naturel au PER dont la liquidité est limitée. Elle permet de structurer une stratégie patrimoniale équilibrée en combinant rendement, réactivité et préparation successorale.

Le retour en grâce des fonds en euros et les contraintes prudentielles

Les fonds en euros ont retrouvé une attractivité notable en 2025, avec des rendements allant de 2,2 % à 3,1 %, selon le rapport annuel de l’ACPR. Cette progression résulte de la remontée des taux souverains français permettant aux assureurs de renforcer la composition de leurs portefeuilles obligataires. Pour un couple prudent, cette garantie du capital associée à l’effet cliquet protège les intérêts accumulés. Ces éléments consolident la position des fonds euros pour sécuriser une part importante du patrimoine sans exposition au risque de marché.

Toutefois, les assureurs doivent respecter les exigences de Solvabilité II qui imposent des niveaux élevés de fonds propres. Cette contrainte limite les nouveaux versements exclusivement sur les fonds euros et incite les compagnies à favoriser les unités de compte. Les couples doivent donc composer avec ces règles lors de la mise en place de leur allocation. Une proportion raisonnable se situe généralement entre 20 % et 40 % du contrat selon le profil de risque et l’horizon d’investissement. Cette approche permet de sécuriser le capital tout en conservant la flexibilité d’une diversification progressive.

Construire un mix cohérent en 2026 selon le profil d’un couple de classe moyenne

L’équilibre global dépend de paramètres comme la tranche marginale d’imposition, la capacité d’épargne et l’âge du couple. Pour une épargne de 400 € par mois, une répartition comprenant environ un tiers vers le PER, un tiers vers l’assurance vie et un tiers vers les fonds euros constitue une architecture cohérente. Cette structure permet d’exploiter l’avantage fiscal immédiat du PER, la liquidité et la transmission de l’assurance vie, ainsi que la stabilité des fonds en euros. Elle offre une progression garantie avec une marge d’adaptation selon l’évolution des revenus et des objectifs personnels.

La réussite d’un tel mix repose sur une projection réaliste de la fiscalité future. Si le couple prévoit une baisse de sa tranche marginale d’imposition à la retraite, le PER devient particulièrement performant. Si la transmission patrimoniale est prioritaire, l’assurance vie s’impose naturellement. Si la sécurité à court et moyen terme prime, les fonds euros jouent un rôle fondamental. Ce triptyque, ajusté finement, répond aux impératifs de long terme tout en assurant une croissance régulière du capital. En 2026, cette articulation constituera l’une des stratégies les plus équilibrées pour les foyers de classe moyenne cherchant à concilier prudence et rendement.

Références

Banque de France, Épargne des ménages 2025 – Q2

https://www.banque-france.fr/fr/statistiques/epargne/epargne-des-menages-2025-q2

Louveinvest, Fonds euro : un support prudent qui surprend encore

https://www.louveinvest.com/assurance-vie/fonds-euro

ACPR, Les chiffres du marché français de la banque et de l’assurance 2024

https://acpr.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-chiffres-du-marche-francais-de-la-banque-et-de-lassurance-2024

Agence France Trésor, Courbe OAT 2025 et 2026

https://www.aft.gouv.fr/fr/principaux-chiffres-dette#courbe


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