Les salaires sous toutes leurs formes

Le travail, un quotidien dans la vie de l’Homme depuis la nuit des temps. Néanmoins, tous les travaux n’ont pas toujours été rémunérés de la même manière et encore moins comme nous la connaissons aujourd’hui. Mise en lumière sur les différents types de rémunérations depuis l’Antiquité.

L’étymologie du mot « travail » est souvent associée au latin tripalium, mot qui désigne un instrument de torture à trois pieds de la Rome antique. Une hypothèse est donc apparue au XXe siècle : le travail n’est-il que souffrance[1] ? Au cours de l’histoire, on distingue plusieurs types de rémunérations : en nature, sous forme d’argent et en salaire dit « symbolique ». L’argent qui lui-même se présente sous différentes formes et non-obligatoirement à fréquence mensuelle.

Un salaire dit « en nature », exemple de l’Égypte

Lors de la période antique, les salaires en nature existent et représente une majorité en Égypte. Un salaire en nature désigne une rémunération en breuvages ou en provisions. De nombreux propriétaires payent les salariés en fonction de leur activité. Par exemple, en Égypte tardive (655-332 av. J.C.), les propriétaires de vignes n’hésitent pas à payer en vin et les agriculteurs sont rémunérés en « artabe » qui est l’unité de mesure de l’époque. Une artabe est égale à un litre. Ils reçoivent en moyenne entre une artabe et une artabe et demi de blé par mois de travail[2].

Le Moyen Âge : une rémunération mixte

Pendant le Moyen-Âge central (XIe-XIIIe) et tardif (XIVe-XVe), le salariat naît en tant que forme sociale. C’est une période où les tâches à réaliser se diversifie du fait d’un commerce qui s’est développé mais aussi avec des activités agricoles et industrielles qui se sont complexifiées. On retrouve toujours les salaires en nature selon les contrats (nourriture, parts de récoltes agricoles etc.) mais également un salaire en argent. Néanmoins, la rémunération n’est pas encore associée à un terme particulier car les scribes de l’époque se contentent d’enregistrer le versement d’une somme à une personne pour le travail fournis. Le paiement peut s’effectuer à la tâche mais aussi à fréquence journalière, mensuelle ou encore saisonnière pour le monde rural. Par exemple, en Provence au XIVe siècle, les mots stipendium, pretium, pensio sont utilisés jusqu’à ce que salarium et merces deviennent les deux mots principaux pour désigner le salariat. Le terme de salarium en latin signifie la « ration de sel », tandis que merces est un dérivé de mercedem qui désigne la « récompense ». C’est au cours du XVe siècle que certains philosophes et ecclésiastiques mettent en relation le pretium (qui évoque la réparation sous forme d’une compensation financière) et le salarium. Ainsi, le salaire en argent sous forme de paiement en espèce reste encore rare car il n’y a pas de loi particulière ni d’encadrement pour la personne qui rémunère[3].

L’Époque moderne et un salaire « symbolique »

Le salaire dit « symbolique » peut être en nature et en argent. Cependant, par rapport à l’Époque égyptienne, récupérer une part de la production peut être considéré comme du vol[4]. La rémunération en nature lors de l’Époque moderne a une fonction symbolique. Par exemple au XVIe siècle, de nombreux chefs d’ateliers d’employés sont logés aux frais du grand-duc. Il s’agit d’un privilège car cela n’est pas possible pour tous les travailleurs. Les Médicis installent la Tinello (la cantine), leurs agents peuvent en profiter mais pas les ouvriers de la Galerie. Ces ouvriers peuvent néanmoins recevoir une rémunération en argent pour s’acheter à manger, c’est le marqueur d’une considération sociale[5].  

L’apparition du SMIC en France

Le « salaire minimum interprofessionnel garanti » (SMIG) est instauré en 1950. Le seuil minimal de rémunération est calculé en fonction du budget-type d’un ménage. C’est en 1952 où le SMIG est indexé sur les prix par une « échelle mobile » des salaires. En 1968, les Accords de Grenelles sont signés et le Premier ministre Georges Pompidou annonce une augmentation de 35% de celui-ci dans le but d’apaiser le mouvement syndical. Le SMIG devient le « salaire minimum interprofessionnel de croissance » (SMIC) en 1970 et est indexé sur deux éléments : la hausse de la production et la hausse du salaire moyen. Il augmente de 10% en 1981 et un million de personnes touchent un salaire de 2 900 francs (soit 1275 €)[6].

Références

[1] LEBAS, F., « Étymologie de « travail » », dans DUJARIER, M-A (dir.), Idées reçues sur le travail ; emploi, activité et organisation, éditions Le Cavalier Bleu, 2023, pp. 22-23, (lien : https://portaildocumentaire.inrs.fr/Default/doc/SYRACUSE/715612/idees-recues-sur-le-travail-emploi-activite-organisation

[2] (Hal.science)., FAUCHER, T., « Les salaires des agriculteurs dans l’Égypte tardive », lien : https://hal.science/hal-02510954v1/document

[3] FELLER, L., « Salaires, rémunérations, salariat au Moyen Âge », 2011, (lien : https://histoire.ens.psl.eu/IMG/pdf/Feller_Salaire_et_salariat_au_Moyen_Age_seminaire_fevrier_2011-3.pdf?utm_source=chatgpt.com)

[4] (Blogmasterhist.univ-eiffel.fr), POISSON, V., « Les rémunérations en nature à l’époque moderne et contemporaine », lien : https://blogmasterhist.univ-eiffel.fr/blogpost?tx_t3extblog_blogsystem%5Baction%5D=show&tx_t3extblog_blogsystem%5Bcontroller%5D=Post&tx_t3extblog_blogsystem%5Bpost%5D=72&cHash=766079caaaf84b006f2adc572c342090

[5] Ibid.

[6] (Enseignants.lumni.fr), « Les 50 ans du SMIC », lien : https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000376/les-50-ans-du-smic.html


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