La classe ouvrière française : de ses débuts à la loi Aubry I

À la suite de la révolution industrielle en Grande-Bretagne, la classe sociale ouvrière française émerge au cours du XIXe siècle dans l’industrie des mines et des usines. Dans l’ouvrage Manifeste du Parti communiste, les philosophes Allemands Friedrich Engels et Karl Marx qualifient cette classe ouvrière comme étant « naissante » et opposée à la bourgeoisie.

Éclairage sur l’émergence, le parcours et sur les droits acquis par cette classe sociale du début du XIXe siècle à la loi Aubry I de 1998.

Émergence de la classe ouvrière

Tout au long du XIXe siècle, la France connaît une croissance des activités traditionnelles qui deviennent donc davantage « industrielles ». De ce fait, apparaissent de nouvelles formes de travail pour une augmentation des volumes de production, telles que le travail usine. Cela favorise l’émergence d’une nouvelle classe sociale car la France a besoin de plus de personnes pour travailler dans ces milieux de production désormais industriels. Dans les années 1830, les contremaîtres sont moins exigeants sur la quantité que la qualité. On parle de « travail à la fabrique ». Selon les informations du livre Mémoires d’un prolétaire de l’artisan et ouvrier du XIXe siècle Norbert Truquin, le gain pour celui-ci s’élevait à 10 francs par semaine1. Avec l’apparition de ce « travail à la fabrique », le XIXe siècle est un siècle qui augmente les droits de la classe ouvrière en la structurant. Les ouvriers sont nombreux, il est nécessaire de trouver un équilibre car les questions sociales se posent : congrès ouvriers, mouvements grévistes, idées révolutionnaires.

Le droit de grève et le syndicalisme

Les premières grèves ouvrières apparaissent dans les années 1830 mais sont fortement réprimées car elles sont considérées comme des délits. Il en va de même pour les coalitions que créent les travailleurs, notamment avec la loi Le Chapelier de 1791 qui les interdit. À l’époque, l’objectif des usines était de mettre les gens au travail et de les faire venir à l’heure. La représentation de cette classe sociale se concentre donc plus sur les ouvriers en usine que les ouvriers agricoles. Progressivement, les ouvriers en usine tentent de se rassembler et de faire entendre leurs droits.

La loi Ollivier de 1864 pendant le Second Empire permet de légaliser le droit de grève et de coalition. Bien qu’elles ne soient pas encore totalement acceptées, c’est un premier pas pour la classe ouvrière. À ce stade, les groupements revendicatifs existent mais n’ont pas encore de reconnaissance particulière. C’est avec la loi Waldeck Rousseau de 1884 que cela change. Cette loi officielle autorise légalement la formation de syndicats patronaux et ouvriers.

Désormais, la grève et la coalition ne sont plus considérés comme des délits. La dernière avancée importante du XIXe siècle est la création de la Confédération générale du travail (CGT) en 1895 qui a permis de recruter plus de travailleurs en assurant une meilleure protection2.

Les questions de santé et d’hygiène

Outre les questions syndicales, les questions de la protection au travail et de l’hygiène se posaient de plus en plus. Tout au long du XIXe siècle, l’on voulait responsabiliser les patrons au sujet des accidents dans les usines.

Une première proposition de loi est faite en 1880 en ce qui concerne la sécurité ouvrière. Cette proposition de 1880 aboutit à la loi du 9 avril 1898. En l’espace de dix-huit ans, les tribunaux condamnent progressivement les employeurs car ils ont la garde des salariés. Désormais, les ouvriers n’ont plus à prouver la faute de leurs patrons au travail pour recevoir une indemnité. De même pour les patrons qui n’ont plus à indemniser de manière intégrale mais partielle les accidents du travail de leurs ouvriers3.

La période du Front Populaire (1935-1938)

Formé en vue des élections législatives de 1936, le Front Populaire est confié à Léon Blum à deux reprises et à Camille Chautemps également. C’est avec eux que sont signés les Accords de Matignon après les célèbres grèves du mois de mai 1936.

Ces Accords amènent à la semaine de 40 heures de travail, deux semaines de congés payés obligatoires et une augmentation des salaires de 7% à 15%4.

Du SMIG et la loi Aubry I

Dans la seconde moitié du XXe siècle, le pays se reconstruit et une sécurité ouvrière doit être renforcée au sujet des salaires et du temps de travail.

Le « salaire minimum interprofessionnel garanti » (SMIG), devenu « salaire minimum interprofessionnel de croissance » (SMIC) en 1970 est instauré en 1950 afin de rémunérer le salarié obligatoirement5.

Après l’élection de François Mitterrand en 1981, une ordonnance est adoptée en 1982. Elle instaure les 39 heures de travail hebdomadaires ainsi que la cinquième semaine de congés payés. Cette dernière succède à la troisième semaine accordée en 1956 et à la quatrième semaine octroyée en 19696.

La question des horaires de travail hebdomadaires se reposent à la fin des années 1990 avec la loi Aubry I votée en 1998 et entrée en vigueur en 2000. Avec cette loi, le temps de travail passe de 39 heures à 35 heures par semaine. Elle sera complétée par la loi Aubry II deux ans plus tard afin d’instituer un système de garanties de rémunérations mensuelles permettant d’éviter une perte de pouvoir d’achat des salariés au SMIC7.

Références

1 Radiofrance.fr – « Une histoire de la classe ouvrière » -lien : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/entendez-vous-l-eco/une-histoire-de-la-condition-ouvriere-4833505

2 Ibid.

3 Ibid.

4 Marxiste.org – « Le Front Populaire et la grève de juin 1936 »- lien : https://marxiste.org/il-y-a-70-ans-le-front-populaire

5 Enseignants.lumni.fr, « Les 50 ans du SMIC » – lien : https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000376/les-50-ans-du-smic.html

6 Enseignants.lumni.fr – « L’instauration des 39h et de la 5e semaine de congés payés » – lien : https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000489/l-instauration-des-39heures-et-de-la-5esemaine-de-conges-payes.html

7 Lecese.fr – « SMIC ET RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL : DES DIVERGENCES À LA CONVERGENCES », lien : https://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Fiches/2002/NI_2002_10_jean_gautier.pdf


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