La guerre franco-prussienne est déclenchée lors de l’été 1870. Ce conflit est bref car il se termine officiellement en 1871 avec le traité de Francfort, bien que Napoléon III capitule en septembre 1870 après la défaite française lors de la bataille de Sedan. Cet évènement marque un tournant dans l’histoire et les conséquences politiques sont lourdes pour la France car la défaite du Second Empire est déclarée… Du côté prussien, on assiste à la proclamation de l’Empire allemand avec Otto von Bismarck, ministre-président de la Prusse. Derrière les champs de bataille, cette guerre ne dépend plus uniquement des soldats et des chefs militaires mais aussi de l’industrie. Elle montre que la guerre repose de plus en plus sur les chemins de fer, l’organisation administrative et la mobilisation des ressources.
Les causes du conflit franco-prussien
Otto von Bismarck devient ministre-président de la Prusse en 1862 et souhaite unifier l’Allemagne autour de la Prusse. Après avoir gagné les guerres contre le Danemark et l’Autriche, Bismarck crée la Confédération de l’Allemagne du nord en 1867, qu’il dirige avec le roi de Prusse Guillaume. [1] Pour rallier les États allemands du Sud à la Prusse, Bismarck a une stratégie : provoquer la France de Napoléon III afin qu’elle soit perçue comme l’agresseur et qu’elle devienne un ennemi commun pour tous les États qu’il veut unifier. [2] Alors que le trône d’Espagne est disponible, Bismarck pousse à la candidature d’un prince de la famille Hohenzollern qui est un cousin du roi Guillaume. [3] Cela représente une menace d’encerclement pour le Second Empire comme au temps de Charles Quint avec le Saint-Empire romain germanique. Napoléon III réussit à obtenir la renonciation du prince mais exige davantage de garanties au roi de Prusse afin de rassurer le Second Empire. Guillaume refuse et Bismarck donne un ton insultant envers la France dans un texte qu’il publie dans toute l’Europe sous le nom de « dépêche d’Ems ». [4] Ce texte est mal perçu par Napoléon III… Le Corps législatif vote donc les crédits de guerre le 15 juillet 1870 et la France déclare officiellement la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. [5]
Les batailles et la naissance d’une guerre industrielle européenne

La guerre est courte mais elle nécessite d’importantes mobilisations (humaines, matérielles, logistiques, industrielles et financières). Les nombreuses batailles lors de l’année 1870 telles que Sedan (2 septembre), Bourgonce (6 octobre) ou encore Varize (28 novembre) vont obliger la France à réorganiser ses capacités industrielles. [6] Cette guerre prend donc la forme d’une guerre dite « totale » avec plusieurs facteurs : la mobilisation massive des arsenaux et des ports, la production et la gestion de l’armement, les différents coûts, les ressources techniques et les infrastructures. [7]
Pour ce conflit, la mobilisation humaine est conséquente. On compte 250 000 hommes dans l’armée classique, auxquels s’ajoutent les « francs-tireurs ». [8] Les francs-tireurs sont les corps volontaires français organisés pour combattre la Prusse. On pouvait s’engager sans limite d’âge stricte et on y trouvait une certaine diversité sociale. Par exemple, certaines sources mentionnent des peintres en bâtiment, des coiffeurs, des horlogers ou encore un enfant de 12 ans. [9] Les autorités recensent donc 2 893 officiers et 69 182 hommes engagés dans le corps des francs-tireurs. [10] Toute cette mobilisation humaine a aussi été un coût conséquent pour la France car le gouvernement a instauré des soldes pour les unités reconnues. Par exemple, un soldat touche un franc par jour, 1.20 franc/jour pour un caporal, 1.40 franc/jour pour un sergent et enfin 1.70 franc pour un sergent-major. [11] En parallèle de ces paies quotidiennes, un prélèvement de 10 centimes par hommes sert à constituer une caisse pour des imprévus. [12] Concernant la mobilisation des ports et des arsenaux, on compte en moyenne 10 000 ouvriers dans les ateliers du port de Brest qui est un des plus importants. [13] Ils travaillent jour et nuit ainsi que les jours fériés. [14] L’objectif est de mettre le port en état de défense et d’expédier le plus de matériel possible. La gestion de l’armement est importante car, au-delà des 900 canons que possède l’armée, les principales armes utilisées sont les fusils « Chassepot ». Cependant, leur distribution par la bureaucratie a été insuffisante, ce qui a plongé les francs-tireurs dans une pénurie. [15] Enfin, les chemins de fer sont aussi très utilisés. Le 15 juillet, les autorités militaires réquisitionnent les principales compagnies ferroviaires : les compagnies de l’Est, du Nord et du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée). [16] Les compagnies ferroviaires seront au service de l’État pour l’approvisionnement militaire. Néanmoins, la France a des retards sur la Prusse à ce niveau-là. Elle tente donc des opérations stratégiques de sabotage telles que la destruction du pont de Fontenoy-sur-Moselle. Pour cet épisode, le commandement doit mobiliser ses ressources techniques et commande par exemple jusqu’à 400kg de poudre. [17]
Pour conclure, la désorganisation et l’infériorité industrielle ainsi que numérique de la France a de lourdes conséquences. Elles ne sont uniquement politiques car l’on comptabilise de nombreuses pertes humaines : 139 000 morts et 143 000 blessés. [18]
Références :
[1] Lien : https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/revue/comprendre-la-guerre-de-1870
[2] Lien : Ibid.
[3] Lien : Ibid.
[4] Lien : Ibid.
[6] Lien : https://shs.cairn.info/revue-strategique-2009-1-page-279?lang=fr
[7] Lien : Ibid.
[8] Lien : https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/la-guerre-franco-prussienne-de-1870#:~:text=Les%20opérations%20militaires,Schirlenhof%20(Bas%2DRhin)
[9] Lien : https://shs.cairn.info/revue-strategique-2009-1-page-279?lang=fr
[10] Lien : Ibid.
[11] Lien : Ibid.
[12] Lien : Ibid.
[13] Lien : Ibid.
[14] Lien : Ibid.
[15] Lien : Ibid.
[16] Lien : https://trainconsultant.com/2024/02/25/la-guerre-de-1870-le-chemin-de-fer-francais-au-service-de-lhorreur/#:~:text=Le%20chemin%20de%20fer%20stratégiquement,ingénieur%20du%20réseau%20du%20PO
[17] Lien : https://shs.cairn.info/revue-strategique-2009-1-page-279?lang=fr
[18] Lien : https://www.montamise.fr/medias/2021/01/A-la-memoire-des-soldats-montamiseens-morts-pendant-la-guerre-de-1870-1871.pdf