Lorsque Louis XIV s’éteint en 1715 après soixante-douze ans de règne, il laisse une image étincelante de la grandeur française et de sa monarchie. Cependant, derrière ses victoires militaires et le château de Versailles se cache une vérité bien plus sombre qui portera préjudice à ses successeurs : guerres coûteuses et un déficit budgétaire important.
Le système de l’absolutisme économique
Louis XIV est connu pour avoir mis en place l’absolutisme lors de son règne qui s’étend de 1643 à 1715. Le Roi-Soleil est un souverain qui a soif de grandeur et de contrôle. Il veut donc s’enrichir à l’instar des particuliers, notamment pour continuer la construction du château de Versailles qui deviendra résidence principale en 1682. [1]
Avec la création du Conseil royal des finances en 1661 et l’apparition du colbertisme dans les années 1660, la richesse du Royaume de France repose sur sa quantité de stock métallique et monétaire. Colbert réussit à mettre à contribution deux acteurs économiques interdépendants : le territoire et l’État. Cela entraînera le dirigisme, le protectionnisme ainsi qu’un développement du commerce intérieur et extérieur. Malgré ce contrôle exercé, Louis XIV entraîne une forte dévaluation monétaire en diminuant et en augmentant la valeur nominale de l’écu.
Par exemple, l’écu varia de 3 livres 2 sous à 3 livres 12 sous en fonction des périodes. [3] Louis XIV joue avec la valeur nominale de l’écu. Par exemple, à la veille d’une rentrée d’impôts ou d’emprunts, le gouvernement diminuait la valeur afin d’en toucher davantage. Il pouvait cependant la rehausser lorsqu’il fallait faire de gros paiements par la suite pour en débourser moins. Arrivé en 1680, le Contrôleur général des Finances Colbert signale un excédent de dépenses de 22 millions de livres sur les recettes fiscales. D’autant plus que 50 millions étaient déjà prévus pour l’année 1681. [4]
Colbert lui-même l’affirme : « A l’égard de la dépense quoique cela ne me regarde en rien, je supplie seulement Votre Majesté de me permettre de lui dire qu’en guerre et en paix, Elle n’a jamais consulté ses finances pour résoudre ses dépenses ». [5]
Des ambitions militaires coûteuses

Louis XIV participe à quatre guerres importantes : la guerre de Dévolution (1667-1668), la guerre de Hollande (1672-1678), la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et la guerre de Succession d’Espagne (1701-1713). Une question se pose donc : comment trouver l’argent ?
Même si durant son règne, l’État royal a pu étendre son contrôle sur l’armée et sur l’économie avec la mise en place du colbertisme, la mise de fonds pour les guerres reste importante. Elle a pu être évaluée à 20% du total des dépenses militaires à la fin du XVIIe siècle. [6] La solution la plus durable est bien sûr de loger et de nourrir les troupes qui se déplacent dans le royaume. Cependant, l’État ne peut se passer l’augmentation des impôts pour financer les conflits. Dès 1694, pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, l’État royal se prépare à mettre en place un nouvel impôt en plus de ceux déjà existants : la capitation. Le contrôleur général Ponchartrain précise qu’il s’agit d’une « capitation générale » comprenant les nobles.
Ce nouvel impôt va à l’encontre de la fiscalité royale absolutiste qui est en place car il ne tient pas compte des privilèges habituels. L’impôt entre donc en vigueur en 1695 et est adressé à chaque chef de famille. Au total, on estime que la capitation a rapporté entre 22 à 23 millions de livres au Trésor royal lors de sa première année. [7] Après quatre ans de repos, le Roi-Soleil se lance dans un nouveau conflit en 1701 qui a duré douze ans : la guerre de Succession d’Espagne. On dit que cette guerre a été la plus coûteuse pour le royaume. En pleine guerre et n’ayant plus de temps à perdre, le monarque absolutiste met de nouveau en place un nouvel impôt : le dixième. Il l’instaure en 1710. C’est un impôt qui touche diverses catégories de revenus au taux uniforme de 10%. [8] Après les traités d’Utrecht (1713-1714), cette guerre laisse un montant de 2 800 millions de livres de dette. [9]
En conclusion, Louis XIV est un homme qui se repose sur les autres pour assouvir ses envies de conquêtes et de grandeur. Un homme traumatisé par la Fronde (1648-1653) qui ne s’est pas soucié de l’avenir du royaume. Le tout au point de laisser derrière lui une importante dette de l’État d’un montant total de 2 milliards 800 millions de livres. [10]
Références :
[1] Lien : https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire#le-regne-de-louisxiv1643-1715
[2] Lien : https://shs.cairn.info/le-siecle-de-louis-xiv–9782130459033-page-88?lang=fr
[3] Lien : Ibid.
[4] Lien : Ibid.
[6] Lien : https://shs.cairn.info/guerre-et-histoire–9782705695606-page-171?lang=fr
[7] Lien : https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1986_num_41_5_283331
[8] Lien : https://www.lhistoire.fr/la-retenue-à-la-source%C2%A0-louis-xiv-y-avait-pense
[9] Lien : https://books.openedition.org/igpde/6152#:~:text=de%20la%20dette.-,D.,de%20livres%20en%20dette%20flottante
[10] Lien : https://shs.cairn.info/le-siecle-de-louis-xiv–9782130459033-page-88?lang=fr#s2n3