Quand on prépare une succession, les deux mots qui reviennent le plus souvent sont « compliqué » et « plus tard ». Résultat, beaucoup de transmissions se font dans l’urgence, avec à la clé des impôts plus élevés que nécessaire, des tensions familiales et parfois un conjoint ou un enfant moins protégés qu’on l’imaginait. Alors qu’en réalité, le droit français offre différents outils pour transmettre dans de bonnes conditions. Néanmoins, quelques pièges très classiques sont à éviter.
Voici les erreurs qui coûtent le plus cher, et comment les corriger dès maintenant.
Erreur n°1 : penser que « tout ira naturellement à la famille »
Nombreux sont ceux qui croient que « la loi fera le reste ». Concrètement, sans testament ni organisation particulière, ce sont les règles du Code civil qui s’appliquent : enfants en priorité, conjoint, puis parents et autres proches. Dans les familles recomposées, cela peut créer des situations compliquées (enfant d’un premier mariage en indivision avec le conjoint actuel, par exemple).
Autre point souvent sous-estimé : le niveau de taxation. En ligne directe (parent-enfant), les droits de succession montent par tranches jusqu’à 45 % pour les plus gros patrimoines. Jusqu’à 60 % quand l’héritier n’est pas de la famille proche.
Comment l’éviter ?
- Rédiger un testament (même simple) pour préciser qui reçoit quoi.
- Adapter son régime matrimonial ou faire une donation entre époux pour mieux protéger son conjoint.
- Se faire accompagner par un notaire pour vérifier que ses volontés respectent la « réserve héréditaire » (la part minimale qui revient aux enfants).
Erreur n°2 : attendre trop longtemps pour commencer à transmettre
Beaucoup se disent qu’ils s’en occuperont « un jour ». Le problème, c’est qu’en succession, le temps est un vrai levier fiscal. Les abattements (par exemple 100 000 € par parent et par enfant) se renouvellent tous les 15 ans. Si on ne les utilise pas, ils sont perdus.
À savoir, un couple peut transmettre 200 000 € par enfant tous les 15 ans sans droits de donation. En anticipant sur 30 ans, cela représente déjà 400 000 € par enfant, sans impôt.
Comment l’éviter ?
- Commencer à donner de manière progressive : donations classiques, donation-partage, dons familiaux d’argent.
- Profiter des « présents d’usage » (cadeaux raisonnables pour Noël, anniversaire, mariage…) qui ne sont pas taxés s’ils restent proportionnés à votre patrimoine.
- Mettre en place une stratégie avec échéances (par exemple : première vague de donations à 60 ans, seconde à 75 ans).
Erreur n°3 : ne pas protéger suffisamment son conjoint
On pense souvent que « de toute façon, c’est mon conjoint qui récupérera tout ». Ce n’est pas toujours vrai. Le conjoint survivant est exonéré de droits de succession, mais la part qu’il reçoit dépend du régime matrimonial, de la présence d’enfants et de ce que vous avez prévu (ou pas).
Dans certains cas, le conjoint peut se retrouver en indivision avec les enfants, voire contraint de vendre un bien pour payer une soulte.
Comment l’éviter ?
- Donation entre époux (généralement appelée « donation au dernier vivant ») pour lui donner plus de choix au décès.
- Clause de préciput pour lui laisser certains biens en priorité (par exemple la résidence principale).
- Assurance-vie avec le conjoint comme bénéficiaire : il reçoit un capital hors succession, avec une fiscalité souvent allégée.
Erreur n°4 : oublier les donations et l’assurance-vie
Ne rien faire de son vivant est fréquemment ce qui coûte le plus cher. La loi permet pourtant de transmettre beaucoup sans impôt si l’on s’y prend à l’avance.
Quelques repères :
- 100 000 € par parent et par enfant en franchise de droits, tous les 15 ans.
- Des dons familiaux d’argent supplémentaires possibles (sous conditions d’âge) pour enfants et petits-enfants.
- L’assurance-vie, qui permet de transmettre jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire sur les primes versées avant 70 ans, hors droits de succession (puis une taxation spécifique au-delà).
Comment l’utiliser ?
- Ouvrir une ou plusieurs assurances-vie et y désigner explicitement les bénéficiaires (enfants, conjoint, petits-enfants…).
- Vérifier régulièrement la clause bénéficiaire : un ex-conjoint oublié, ça arrive plus souvent qu’on ne le pense.
- Combiner donations + assurance-vie pour lisser la transmission dans le temps et réduire la base taxable à la succession.
Erreur n°5 : négliger l’immobilier et le démembrement
La maison familiale, l’appartement locatif… L’immobilier est le cœur du patrimoine, mais également la source des tensions à la succession. L’indivision peut être compliquée entre plusieurs héritiers. Il peut aussi y avoir des désaccords sur la vente ou des difficultés pour payer les droits de succession.
Deux pistes à connaître :
- Le démembrement de propriété : vous donnez la nue-propriété du bien à vos enfants tout en conservant l’usufruit (vous pouvez continuer à y vivre ou à percevoir les loyers). Les droits de donation sont alors calculés sur la seule nue-propriété, donc sur une base plus faible, surtout si vous êtes encore relativement jeune.
- La SCI familiale : en logeant le bien dans une société civile, on transmet progressivement des parts plutôt que des bouts de maison. La gestion et la prise de décision peuvent être facilitées.
Erreur n°6 : oublier la fiscalité et les « détails » pratiques
Deux erreurs fréquentes ont souvent lieu. La première est de se focaliser uniquement sur « qui aura quoi » sans regarder la note fiscale. La seconde : oublier certains biens ou documents (assurance-vie, vieux compte, coffre, contrat d’épargne…). Dès lors, il peut y avoir des droits de succession plus élevés que nécessaire, des biens oubliés ou retrouvés des années plus tard. Mais aussi des héritiers qui doivent avancer des fonds sans savoir exactement ce qu’ils recevront.
Comment l’éviter ?
- Faire un inventaire complet de son patrimoine (comptes, livrets, contrats, immobilier, objets de valeur, éventuels comptes à l’étranger).
- Le conserver à jour et en confier une copie à un notaire ou à une personne de confiance.
- Demander à un professionnel d’optimiser la transmission en utilisant les abattements, l’assurance-vie, le démembrement, voire certains régimes spécifiques (entreprises familiales, bois et forêts, etc.).
Erreur n°7 : vouloir tout gérer seul
Le droit des successions mélange fiscalité, droit civil, régimes matrimoniaux, contrats d’assurance… Vouloir improviser seul, même avec de bonnes intentions, peut coûter cher à vos proches. Pensez donc à consulter les bons interlocuteurs. Un notaire, indispensable pour les actes officiels, les successions et les questions de régime matrimonial. Vous pouvez aussi vous référer à un conseiller en gestion de patrimoine ou à un conseiller fiscal pour bâtir une stratégie globale.
Références
Midinvest, Préparer sa succession : les 5 erreurs qui coûtent cher, https://www.midinvest.fr/preparer-sa-succession-les-5-erreurs-qui-coutent-cher/
Aufeminin, Succession : cet expert en gestion de patrimoine est formel, ces 6 erreurs vous coûtent très cher (attention aux impôts), https://www.aufeminin.com/societe/debats-de-societes/droits-de-succession/succession-cet-expert-en-gestion-de-patrimoine-est-formel-ces-6-erreurs-vous-coutent-tres-cher-attention-aux-impots-2631732.html
Soon Night, Succession 2026: règles et abattements pour transmettre sans impôt en France, https://www.soonnight.com/actualites/succession-2026-regles-et-abattements-pour-transmettre-sans-impot-en-france/