Économie napoléonienne : un modèle dirigé entre héritage révolutionnaire et impérial

Au sortir de la Révolution française, la France a connu une période de forts bouleversements politiques et économiques. La structure de l’Ancien Régime s’est effondrée et un important affaiblissement financier se ressent : inflation, endettement ou encore instabilité monétaire. Lorsque Napoléon Bonaparte arrive en 1799, ses ambitions sont claires. Il veut rétablir l’ordre en créant un modèle économique impérial qui se situe entre un héritage révolutionnaire et un dirigisme économique assumé.

Le chemin vers une nouvelle administration économique

Au début du XIXe siècle, Napoléon Bonaparte est Premier Consul. Lorsqu’il arrive au pouvoir en 1799, le montant total des caisses de l’État est de 167 000 francs. [1] Il va donc rétablir certains impôts et va créer différentes institutions (Banque de France, la Cour des comptes, le ministère des Finances, le ministère du Trésor). Il instaure également une nouvelle monnaie pour stabiliser l’économie (le franc Germinal). L’objectif est de créer un nouveau système économique en surveillant les rentrées et les sorties d’argent de l’État français.  

Napoléon Bonaparte veut la création de finances publiques pour la France. À cette époque, l’État a besoin d’argent pour financer l’armée ou encore l’administration. Ainsi, en 1800, la Banque de France est créée [2] C’est une société privée fondée par un groupe de banquiers. Son capital est détenu par des actionnaires privés mais elle agit comme une banque « publique » du fait de ses missions. La Banque de France peut désormais accorder des crédits et émettre des billets. C’est ainsi qu’en 1803, Napoléon créé le « franc Germinal ». [3] Avec cette nouvelle monnaie, c’est la banque de France qui crée le premier billet : le « 1000 francs Germinal ». [4] L’État va se centraliser petit à petit, notamment après la crise financière de 1805. Après cet évènement, les statuts de la Banque de France sont modifiés.

La Banque de France est dorénavant dirigée par un gouverneur et deux sous-gouverneurs qui sont tous nommés par Napoléon (désormais Empereur). [5] C’est un premier facteur qui montre le dirigisme économique bonapartiste. Néanmoins, l’héritage révolutionnaire reste présent dans l’économie napoléonienne. On peut le voir avec la création de la Cour des comptes en 1807. Napoléon s’inspire des chambres des comptes de l’Ancien Régime qui ont été supprimées après la Révolution. [6] La Cour des comptes a pour objectif de surveiller les finances publiques de l’État et des collectivités territoriales. Elle contrôle également la gestion des ministres et des autres donateurs de fonds. Si elle observe des abus, elle doit en faire part à l’Empereur. [7] Avec toutes ces réformes, le ministère des Finances est donc chargé des recettes et le ministère du Trésor est chargé des dépenses. [8]

Un chemin vers l’industrialisation française

En 1801, en pleine période de réformes, le ministre de l’Intérieur Jean-Antoine Chaptal prend pour initiative de créer la « Société d’encouragement pour l’industrie nationale ». L’objectif est d’apporter un encouragement à l’innovation dans l’industrie française. [9] L’autre enjeu majeur est aussi de combler un certain retard technique de la France par rapport à la Grande-Bretagne. En cette période de renouveau, il fallait éclairer les producteurs et les industriels pour la suite. Les secteurs concernés sont nombreux [10] :

  • Les « arts mécaniques » (textile, horlogerie, machines à vapeur etc.) qui représentent à l’époque 30% des dépenses de la Société.
  • Les « arts chimiques » (toutes les innovations dans les procédés industriels chimiques) qui représentent 20% des dépenses de la Société.
  • Les « arts économiques », c’est-à-dire ce qui concerne l’aspect domestique (chauffage, ébénisterie etc.).
  • Les « arts du feu et la métallurgie », qui sont très demandés par les industriels.
  • L’agriculture.

La Société a permis de réaliser des études sur les machines agricoles ou encore sur le rendement et la consommation des appareils de chauffage. Elle a aussi soutenu la mécanisation de la filature du coton et du lin. Pareillement, elle a donc pu aider au développement de la machine à vapeur et a fait construire puis diffuser des moulins à broyer pour les agriculteurs. [11]

Un duel économique avec les Britanniques

anglais à l'époque de napoléon pour la france

Napoléon est connu pour avoir eu les Britanniques comme ennemis. Au XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne et la France se sont battus pour obtenir une certaine « hégémonie » mondiale. Napoléon échoue dans la conquête du territoire britannique mais décide de faire la guerre d’une autre manière.

Le 21 novembre 1806, Napoléon décrète le blocus continental à l’encontre de la Grande-Bretagne par le « décret de Berlin ». [12] Il interdit à tous les territoires étant sous influence française de commercer avec les territoires britanniques. Toutes les marchandises anglaises seront désormais confisquées et tout navire qui aura relâché dans un port britannique ne pourra plus être reçu dans un port français. [13]

L’objectif est d’étouffer les Anglais dans le domaine commercial en brisant le traité de libre-échange France-Angleterre de 1786. L’hostilité de l’Empereur ne s’arrête pas là. Il déclare par les décrets de Fontainebleau et de Milan en 1807 que tout navire qui aura reçu la visite d’un navire britannique ou bien payé un impôt aux Britanniques sera « dénationalisé ». [14] Napoléon vise à une hégémonie économique en réservant l’industrie française aux marchés européens. En décidant cela, les Anglais n’ont plus accès aux points forts de la production française (sucre, café etc.) mais les Français n’ont plus accès aux points forts de la production anglaise tels que la laine et le coton.

On estime une baisse de 20% des exportations anglaises entre 1808 et 1810. [15] Par conséquent, les ports français subissent une baisse des fréquentations des marchandises britanniques. Par exemple, la fréquentation du port de Marseille passe de 200 en 1805 à moins de 50 en 1808 et à 4 en 1812. [16] Cependant, ces baisses de fréquentations portuaires s’effectuent aux profits du commerce terrestre qui est soutenu par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. [17]

Pour conclure, le système économique napoléonien a permis de relancer l’économie nationale. On constate en 1802 que le budget a retrouvé un équilibre. Les recettes totales de l’État sont passées de 475 millions de francs en 1789 à 800 millions en 1810, atteignant même 1,3 milliards en 1814. [18]

Références :

[1] Lien : https://www.lesechos.fr/2004/12/leconomie-napoleonienne-ou-la-france-avant-tout-1063921#

[2] Lien : https://www.banque-france.fr/fr/banque-de-france/institution-ancree-histoire/histoire-banque-de-france

[3] Lien : Ibid.

[4] Lien : Ibid.

[5] Lien : Ibid.

[6] Lien : https://www.ccomptes.fr/fr/cour-des-comptes/histoire-et-patrimoine

[7] Lien : Ibid.

[8] Lien : https://www.lesechos.fr/2004/12/leconomie-napoleonienne-ou-la-france-avant-tout-1063921#

[9] Lien : https://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1989_num_8_2_2363

[10] Lien : https://journals.openedition.org/artefact/3933

[11] Lien : Ibid.

[12] Lien : https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/dossiers-thematiques/le-blocus-continental-decret-de-berlin-du-21-novembre-1806-decrets-de-milan-23-novembre-et-17-decembre-1807/

[13] Lien : https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Blocus_continental/109144

[14] Lien : Ibid.

[15] Lien : https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/napoleon-ier-chef-de-guerre-economique/

[16] Lien : Ibid.

[17] Lien : https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Blocus_continental/109144

[18] Lien : https://www.lesechos.fr/2004/12/leconomie-napoleonienne-ou-la-france-avant-tout-1063921#

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