Quand les syndicats français descendent dans la rue pour protester contre la réforme des retraites et pour réclamer des hausses de salaires, ils s’inscrivent dans une longue histoire. Depuis la fin du XIXe siècle, ils occupent une place particulière dans la vie économique française. Ils sont les acteurs du conflit social, les représentants du monde du travail, les interlocuteurs de l’État et du patronat. L’histoire des syndicats en France est importante car elle raconte également celle du capitalisme français, de l’industrialisation, du Front populaire, des Trente Glorieuses et de la désindustrialisation.
Aux origines du syndicalisme français
Les origines du syndicalisme en France remontent à la IIIe République avec la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884. Cette loi constitue l’acte fondateur du syndicalisme qui met fin à une période d’interdiction stricte[1]. Elle abroge la loi Chapelier de 1791 qui interdisait toute coalition ouvrière au nom de la liberté individuelle[2]. L’objectif majeur de cette nouvelle loi est de favoriser le progrès social et moral. En 1887, s’en suit la création des Bourses du travail, dont la première est créée à Paris[3]. L’objectif principal avec les Bourses du travail est de supprimer les placeurs privés car ils prélèvent des commissions abusives sur les ouvriers[4]. Les syndicalistes avaient décidé que les travailleurs allaient organiser eux-mêmes le marché du travail. Le réseau des Bourses s’étend rapidement et c’est à ce moment-là que l’histoire de la CGT commence. La Confédération Générale du Travail (CGT) est créée en 1895 à Limoges. Elle naît de la fusion de syndicats et de fédérations professionnelles, c’est la première véritable confédération syndicale[5].
Un rôle central dans les conquêtes sociales
Le syndicalisme a été un moteur essentiel du progrès social en France. Il est à la fois un négociateur de réformes, un créateur de services et un moyen de pression politique au sujet du droit du travail.
Parmi les moments les plus importants du syndicalisme, on retrouve la période du Front populaire à la fin des années 1930. Avec le Front populaire, les conventions collectives sont davantage encadrées. Les syndicats obtiennent les accords Matignon en juin 1936, ce qui va être bénéfique pour le mouvement ouvrier. Ces accords laissent place à la semaine de 40h, les deux semaines de congés payés, une augmentation moyenne des salaires qui se situe entre 7% et 15% et l’institution des délégués ouvriers[6]. La Sécurité sociale est créée en 1945 sous l’impulsion des militants « confédérés » de la CGT[7]. Le principal tourant majeur sera en 1968 avec les accords de Grenelle. Après une grande grève générale sur deux mois, cette année marque l’entrée légale des syndicats en entreprises[8]. Avec l’aide de la CFDT, les sections syndicales d’entreprise sont créées (les SSE). Elles institutionnalisent la présence des syndicats sur les lieux de travail, ce qui change les relations sociales avec les entreprises.
L’affaiblissement des bases traditionnelles du syndicalisme
L’affaiblissement des bases traditionnelles du syndicalisme français débute vers le milieu des années 1970. Elle s’explique par une mutation profonde de l’économie, une fragmentation du salariat et par une crise qualifiée de « désyndicalisation »[9].
À la fin des années 1970, la Confédération française démocratique du travail (CFDT), engage un « recentrage » pour s’adapter aux différentes mutations[10]. Entre 1970 et 1980, on assiste à une mondialisation et l’économie nationale s’efface peu à peu devant les enjeux mondiaux. La France connaît aussi une forte progression du taux chômage qui est passé de 2% à 5%[11]. Le pays fait face à une forte mutation de la société salariale qui brise donc l’unité ouvrière traditionnelle. Le syndicalisme se heurte à la montée de l’individualisme social car le marché du travail passe d’un modèle stable à un modèle incertain[12]. On assiste à une multiplication des contrats de travail et à une mobilité plus importante. Par conséquent, de nombreux salariés bénéficient des réformes accordées par les syndicats sans pour autant être membres ou payer une cotisation[13]. Le fait de bénéficier des avantages plus facilement sans être réellement impliqué entraîne donc une baisse des effectifs importante chez les syndicats et contribue au principe de « désyndicalisation ». C’est ce que l’on appelle l’effet du « passager clandestin », théorisé par l’économiste Américain Mancur Olson[14].
Références
[1] https://www.cfdt-mae.fr/nos-valeurs/la-cfdt-en-10-dates/
[2] https://shs.cairn.info/histoire-de-france–9782080424174-page-202?lang=fr
[3] https://journals.openedition.org/chrhc/2355?lang=en
[4] Ibid.
[5] Ibid.
[6] https://www.cfdt-mae.fr/nos-valeurs/la-cfdt-en-10-dates/
[6] https://shs.cairn.info/histoire-de-france–9782080424174-page-202?lang=fr
[6] https://journals.openedition.org/chrhc/2355?lang=en
[6] Ibid.
[6] Ibid.
[6] https://www.cfdt-mae.fr/nos-valeurs/la-cfdt-en-10-dates/
[7] Ibid.
[8] Ibid.
[9] https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2009-5-page-75?lang=fr
[10] https://www.cfdt-mae.fr/nos-valeurs/la-cfdt-en-10-dates/
[11] https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000424/un-phenomene-inquietant-l-essor-du-chomage-en-france-entre-1973-et-1975.html
[12] https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2009-5-page-75?lang=fr
[13] Ibid.
[14] Ibid.
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