Lorsque la Ve République est proclamée en 1958, la France ne connaît pas encore un chômage de masse. En plein élan pendant les Trente Glorieuses, le pays vit à travers une croissance soutenue, un plein-emploi assuré et une industrialisation rapide. Cependant, en 2026, le taux de chômage en France atteint 7,8% selon l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) et atteindra jusqu’à 8% selon les prédictions de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). [1] Comprendre ces chiffres signifie identifier les évolutions, les causes et les blocages structurels qui sont toujours présents au sein du pays.
Du plein emploi au chômage de masse
En 1958, le chômage n’est pas un problème en France. Le pays va cependant connaître une période de croissance rapide du chômage jusqu’au milieu des années 1970. [2]
L’inquiétude commence à monter en 1967. Le chômage atteint 250 000 personnes, soit 1,5% de la population active en France. Le Premier ministre Georges Pompidou s’exprime : « Dans le passé récent, nous ne connaissions pas le chômage sauf en période de crise internationale généralisée parce que nous n’étions pas une société industrielle moderne ». [3]
Selon lui, les causes sont nombreuses. Les usines sont désormais devenues « d’immenses laboratoires où il y a beaucoup moins d’ouvriers et beaucoup plus de machines ». [4] Les industries veulent « améliorer leur productivité, c’est-à-dire diminuer leur nombre d’emplois par rapport à leur production ». [5] Enfin, il déclare « les classes nombreuses, nées après la guerre, qui arrive sur le marché du travail ». [6] Georges Pompidou assure que désormais, le marché du travail doit être considéré comme un « problème permanent ». [7]
La situation va basculer davantage dans les années 1970 avec les deux chocs pétroliers, notamment celui de 1973. [8] En 1974, le seuil des 500 000 demandeurs d’emploi est dépassé. Il atteint même un million en 1975, soit 5% de la population active. [9] Par exemple, on retrouve une hausse du nombre de chômeurs dans la catégorie des jeunes de moins de 25 ans avec 38,3%. [10]
Le premier choc pétrolier a entraîné une hausse des coûts de fabrication, ce qui déclenche un recul de l’activité industrielle et une incapacité d’embauche pour les jeunes issus du baby-boom. Le plan de relance du Premier ministre Jacques Chirac en 1975 a permis une reprise de l’activité économique mais n’a eu aucun effet sur le chômage. [11] C’est à ce moment-là que l’on aperçoit un chômage structurel de masse qui va devenir constant.
Un chômage constant

Après les évènements connus dans les années 1970, le chômage qui était perçu comme éphémère devient un « chômage structurel de masse » dès les années 1980. C’est-à-dire qu’il ne s’agit plus d’une fluctuation passagère mais d’une caractéristique ancrée dans l’économie française. [12]
En 1981, lors de l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, la France compte 1,5 millions de chômeurs. [13] Des mesures sociales sont prises comme augmenter le SMIC de 10%. En septembre 1981, le député Pierre Mauroy se déclare « chef de guerre » contre le chômage et met en place un système qui repose sur deux axes : inciter les entreprises à embaucher via des aides financières et favoriser le partage du travail. Ce partage du travail amène à l’instauration de la semaine de 39h et la retraite à 60 ans. [14]
Néanmoins, la situation ne s’arrange pas et la France franchit le cap des 2,2 millions de chômeurs en 1983. [15] En 1984, l’État cesse de soutenir les secteurs déficitaires et de nouveaux emplois sont supprimés. Un accord sur l’assurance chômage réduit les indemnisations et le pays voit naître des chômeurs de longue durée. Une précarité importante émerge et certaines initiatives se mettent en place comme les Restaurants du cœur en 1985. [16] En 1987, le nombre de demandeurs d’emplois franchit la barre des 2,6 millions de personnes, soit 10,5% de la population active. [17] Ce chiffre va monter dans les années 1990 avec l’apparition de différents blocages structurels.
Des blocages structurels
Durant les années 1990, les facteurs représentant les blocages structurels qui font augmenter le chômage sont nombreux. On relève la politique monétaire européenne, les progrès technologiques ou encore la politique de l’emploi du pays. [18]
Tout d’abord, le traité de Maastricht de 1992 déclenche un « conflit structurel » jusqu’en 1997. La politique du « franc fort » s’inscrit dans le cadre de la construction de l’Europe monétaire. Elle vise à maintenir le déficit budgétaire du pays sous les 3% et à s’aligner sur l’Allemagne après sa réunification. [19] La France doit donc s’accrocher à la monnaie allemande et importe la politique monétaire de l’Allemagne sur son territoire. Par conséquent, au moment où l’Allemagne augmente ses taux d’intérêt, la France doit faire de même. Cela a freiné l’activité économique de la France. [20] C’est ainsi qu’en 1997, le taux de chômage en France s’élève à 12,6%. [21]
L’autre blocage important se trouve dans la « troisième révolution industrielle ». François Mitterrand confirme les dires de Georges Pompidou en soulignant que l’automatisation et la modernisation de l’outil industriel permettent de fabriquer des produits « plus vite et pour moins cher ». [22] Les secteurs de la sidérurgie, des chantiers navals et du charbon sont touchés. Contrairement aux travailleurs, les machines ne s’arrêtent pas donc les licenciements de travailleurs grimpent. [23] Au cours des années 2000, certains blocages structurels persistent bien que de nouveaux emplois ont été créés. Le problème est surtout la difficulté à recruter dans certains secteurs. Par exemple le BTP dans lequel 80% des employeurs rencontrent des difficultés de recrutement, ou encore 55% pour ceux de l’industrie. [24] La difficulté d’un travail à temps plein dans ces secteurs a fait grimper le nombre de CDD et le système de l’intérim. [25]
Références :
[1] Lien : https://www.clubpatrimoine.com/contenus/chomage#:~:text=L’institution%20anticipe%20un%20taux,progression%20jusqu’à%208%20%25
[2] Lien : https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1996_num_52_1_3561
[3] Lien : https://www.youtube.com/watch?v=-_qLAZ3zdv8&t=18s
[4] Lien : Ibid.
[6] Lien : Ibid.
[7] Lien : Ibid.
[8] Lien : https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1996_num_52_1_3561
[9] Lien : https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000424/un-phenomene-inquietant-l-essor-du-chomage-en-france-entre-1973-et-1975.html
[10] Lien : Ibid.
[11] Lien : Ibid.
[12] Lien : https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1996_num_52_1_3561
[13] Lien : https://youtu.be/-_qLAZ3zdv8?si=oFo80PlndJvr-v7z
[14] Lien : Ibid.
[15] Lien : Ibid.
[16] Lien : https://youtu.be/wDl53nERp64?si=_fdxm1D2TKqropwm
[17] Lien : Ibid.
[18] Lien : Ibid.
[19] Lien : Ibid.
[20] Lien : Ibid.
[21] Lien : Ibid.
[22] Lien : Ibid.
[23] Lien : Ibid.
[24] Lien : https://dares.travail-emploi.gouv.fr/sites/default/files/69c54667892dd120c47c74acd22be253/Dares_L%27emploi%20et%20le%20chômage%20en%202000.pdf
[25] Lien : Ibid.