A l’aube de fin 2025, les néobanques et banques en ligne ont intensifié leurs campagnes de livrets promotionnels à taux élevés sur des périodes courtes de 3 à 6 mois. Certaines offres affichent des taux bruts supérieurs à 4 %, ce qui attire particulièrement les ménages disposant de liquidités excédentaires et les professionnels souhaitant valoriser leur trésorerie disponible. Cette dynamique s’explique par le contraste avec les produits d’épargne réglementée tels que le Livret A et le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS), dont le taux net ne dépasse pas 1,7 % au 1er décembre 2025. Les acteurs en ligne utilisent ces offres boostées comme outil d’acquisition de clientèle et de renforcement de leurs encours, tout en séduisant un public habitué à la rapidité et à la flexibilité des services numériques.
Pour l’épargnant, la distinction entre taux d’appel et rendement annuel réel est essentielle. Les promotions initiales peuvent paraître très attractives, mais une fois la période de bonification expirée, le taux chute généralement à des niveaux proches de 1,6 % brut. Il devient alors nécessaire de comparer attentivement les conditions, la durée des offres, les plafonds applicables et le rendement hors promotion afin de déterminer la performance effective sur une année complète. La compréhension de cette mécanique est indispensable pour éviter de se laisser séduire par la seule valeur du taux affiché et pour structurer une allocation de trésorerie cohérente avec la stratégie patrimoniale globale.
L’engouement pour les livrets boostés et la logique d’acquisition
L’essor des livrets promotionnels dans le secteur fintech et des banques en ligne s’explique par leur capacité à attirer rapidement de nouveaux déposants. Des offres proposant 5 % brut sur 3 mois, par exemple, permettent de capter des dépôts dépassant les plafonds du Livret A, fixés à 22 950 € par déposant. Après application du Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), le rendement net sur la période promotionnelle atteint environ 3,5 %, ce qui constitue un gain significatif pour les sommes excédentaires. Ces campagnes renforcent également la visibilité des acteurs en ligne et créent un effet de halo attractif pour des produits de court terme.
Toutefois, la logique commerciale repose sur la rotation des dépôts. Une fois la période de promotion terminée, le taux retombe souvent à un niveau inférieur à 2 % brut, ce qui réduit l’intérêt du placement si l’épargnant ne transfère pas rapidement ses fonds vers une nouvelle promotion. Ce mécanisme, appelé chasse aux taux, exige discipline et vigilance pour maintenir un rendement optimal. Les investisseurs avertis peuvent déplacer régulièrement des montants de 10 000 à 20 000 € pour tirer parti de plusieurs promotions successives tout en conservant la liquidité immédiate de leurs capitaux.
Rendement réel versus attractivité marketing
Le principal risque réside dans la confusion entre la rémunération temporaire et le rendement sur 12 mois. Un livret offrant 4 % brut pendant 3 mois suivi d’un taux de base de 1,6 % brut génère un gain annuel net inférieur à celui du Livret A sur un placement identique si l’épargnant ne procède pas à une gestion active de ses liquidités. Les simulations montrent que les promotions initiales peuvent masquer une performance réelle plus modeste, soulignant l’importance de calculer le rendement effectif net en tenant compte de la fiscalité.
La fiscalité joue un rôle déterminant dans l’évaluation du rendement. Le PFU réduit le bénéfice net de manière significative, de sorte qu’un taux affiché très élevé ne correspond pas toujours à un gain réellement supérieur. Les épargnants doivent prendre en considération la durée de la période promotionnelle, le taux appliqué ensuite, ainsi que les conditions de retrait et les plafonds de dépôt. Ces éléments sont indispensables pour structurer l’allocation de trésorerie et éviter les déceptions liées à une lecture superficielle des taux.
Sécurisation et cadre réglementaire
Les livrets boostés proposés par des établissements disposant d’un agrément bancaire bénéficient de la garantie du Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR), protection des dépôts jusqu’à 100 000 € par déposant et par établissement agréé. Cette protection s’inscrit dans le cadre européen de la directive sur les systèmes de garantie des dépôts et permet aux épargnants de placer des sommes importantes avec confiance. Plusieurs millions d’euros de dépôts ont ainsi été sécurisés par le FGDR en 2025, renforçant la crédibilité des acteurs numériques par rapport aux banques traditionnelles.
Il est cependant important de distinguer les banques en ligne des prestataires de services de paiement ou des plateformes d’actifs numériques, qui ne bénéficient pas de la même garantie. Certains fonds peuvent être conservés sur des comptes cantonnés auprès de banques partenaires, ce qui nécessite de vérifier l’agrément bancaire de l’établissement avant d’y placer des liquidités. La flexibilité des livrets boostés, avec des plafonds élevés pouvant atteindre 100 000 € ou plus, doit être évaluée conjointement avec les conditions de retrait et les modalités de calcul des intérêts pour assurer une gestion efficace des capitaux.
Intégration dans la stratégie patrimoniale et maturité du secteur
Les fintech et banques en ligne proposant ces livrets à taux promotionnel sont soumises aux mêmes exigences prudentielles que les banques traditionnelles lorsqu’elles détiennent un agrément bancaire. Elles doivent respecter les règles de fonds propres, de liquidité et de gestion des risques sous supervision de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) et de la Banque Centrale Européenne. Les régulations MiCA et DSP3 concernent surtout les prestataires de services de crypto-actifs et de paiement et n’ont d’impact direct que si la rémunération ou la structuration du produit est liée à des jetons numériques ou à des mécanismes blockchain.
La maturité du secteur est confirmée par les levées de fonds et l’adoption par les investisseurs. En 2025, les fintech françaises ont collecté 827 M€ au premier semestre, soit une progression de plus de 30 % par rapport à l’année précédente. Cette croissance démontre la confiance des acteurs et la capacité du secteur à proposer des produits innovants et conformes à la réglementation. Pour les épargnants, ces livrets peuvent être intégrés dans une allocation de trésorerie à court terme afin d’optimiser le rendement de liquidités disponibles tout en maintenant un accès immédiat aux fonds.
Références
Ministère de l’Économie des Finances et de la Souveraineté industrielle et énergétique, Tout savoir sur les produits d’épargne https://www.economie.gouv.fr/particuliers/gerer-mon-argent/gerer-mon-budget-et-mon-epargne/tout-savoir-sur-les-produits-depargne
Neofa, Meilleur livret 2025: comparatif et conseils d’experts pour rentabiliser votre épargne https://neofa.com/fr/placement-financier/meilleurs-placements-bancaires/meilleur-livret/
Auguste Patrimoine, Meilleur compte à terme 2025 : trouver le meilleur taux, https://www.auguste-patrimoine.fr/epargne/meilleur-compte-a-terme
KPMG International / France Fintech, Le Semestre de la Fintech 2025 / Pulse of Fintech France 2025 https://kpmg.com/fr/fr/media/press-releases/2025/07/semestre-fintech-2025.html et https://francefintech.org/wp-content/uploads/2025/02/Pulse_of_Fintech__ETUDE_KPMG_FRANCEFINTECH.pdf
EUR-Lex / Union Européenne, Règlement européen sur les crypto-actifs (MiCA), Contexte et champ d’application https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/european-crypto-assets-regulation-mica.html
FGDR Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution, Données officielles sur la garantie des dépôts en France https://www.garantiedesdepots.fr/sites/default/files/2024-04/20240308_CP_FGDR%20RA%202023_sg%20-%20ThD%20-Mc%20Clean%20%28002%29.pdf