La finance : d’une unité de poids à la monnaie fiduciaire, une avancée révolutionnaire

De nos jours, la monnaie existe sous deux formes : scripturale et fiduciaire. Le terme de scripturale caractérise les comptes bancaires et le terme de fiduciaire représente les pièces et les billets. Néanmoins, le chemin s’est construit en plusieurs étapes, et ce depuis l’Antiquité.

L’apparition des pièces de monnaie

La Chine est précurseur du concept de la monnaie vers l’an 1000 av. J.C. avec les cauris, des coquillages utilisés sous la dynastie Shang. De plus, les échanges commerciaux se traduisent également sous formes d’objets utilitaires tels que des couteaux[1]. Avant l’existence de la « monnaie frappée », apparue en Asie Mineure au VIIe siècle av. J.C., les échanges commerciaux se font avec des morceaux de métal précieux (bronze, argent, or) qui sont pesés à chaque transaction. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de valeur nominale car seul le poids compte[2].

Le premier grand changement fut l’apparition de cette monnaie frappée. Notamment connue de l’Occident grâce à la Grèce et la « drachme antique » qui s’est développée lors de ses trois périodes (archaïque, classique et hellénistique). Le terme de drakhme signifie « poignée », c’est-à-dire « saisir une poignée ». Les cités grecques frappaient leurs propres monnaies et les marquaient de symboles qui leurs étaient chers (rois, cités etc.)[3]. Cela était un signe d’indépendance. La pièce frappée garantit désormais une régulation des échanges et une politique de distribution des salaires[4]. Cependant, le poids est toujours maître. Au IIIe siècle av. J.C., Rome fait également frapper sa monnaie dans le sud de l’Italie en imitant la Grande-Grèce. L’unité de poids dans la République romaine est le « scrupule », en latin scrupulum, qui est équivalent à 7g d’argent[5]. Les monnaies sont le « denier », le « quinaire » et le « sesterce ». Un siècle plus tard, le sesterce devient l’unité de compte de la République. Les dépenses, les revenus et les fortunes s’évaluent en sesterces.

Un premier pas vers la monnaie fiduciaire

C’est à Charlemagne que l’on doit une réglementation monétaire. Entre 793 et 794, il met en place le système regroupant livre-sou-deniers. Il prescrit de tailler 240 deniers d’argent dans un livre d’argent. Un livre d’argent est donc égal à 20 sous et 240 deniers. Une monnaie dite « de paiement » est mise en circulation. Cette réforme obligea dès le Xe siècle à préciser le nom géographique de l’atelier dans lequel était frappée la monnaie. Par exemple, le denier de Paris avait une valeur plus faible que le denier de Tours[6]. Cette réforme est bénéfique pour la conversion et le commerce. C’est en 1360 sous la régence de Charles V lors du règne de Jean II que le « franc à cheval » devient unité monétaire avec comme pièce l’écu[7]. Un franc est l’équivalent de 20 sous, pèse 3,87g d’or et doit être progressivement la seule monnaie à circuler dans le royaume.

L’apparition du billet de banque

Bien que les pièces existent déjà en Europe, c’est également en Chine qu’apparaissent les premiers billets de banque (le « jiaozi ») sous la dynastie des Song au XIe siècle. Une pénurie de monnaie métallique touche la Chine et amène à l’apparition des « papiers-monnaies »[8]. C’est Marco Polo qui aide le papier-monnaie à franchir les frontières lorsqu’il revient en Europe en 1295.

Le premier billet de banque est émis en Suède en 1661 à la Banque de Stockholm par Johan Palmstruch[9]. Il se démocratise dans le Royaume de France au XVIIIe siècle lorsque le britannique John Law, régent de Louis XV, offrait ses services au duc d’Orléans. Il propose de fonder une banque afin d’administrer les dépenses royales en remplaçant l’or par les billets pour augmenter la circulation. En 1718, les Britanniques suivent l’idée de John Law et mettent en circulation les premiers banknotes[10]. C’est en 1800 que la Banque de France est créée et c’est en 1848 qu’on instaure un cours légal pour les billets. Désormais, ils doivent être acceptés au même titre que la monnaie métallique[11].

Le passage à l’euro

En 1992, le Traité de Maastricht met fin à la possibilité pour les États de recourir à un financement direct par leur banque centrale. On crée donc la Banque centrale européenne en 1998 avant d’abandonner le franc pour l’euro fiduciaire en 2002.


Sources :

[1] Mv-bracelet.com, « Découvrez l’ex-monnaie chinoise de l’Empire »

[2] Persee.fr, « De la monnaie électronique à l’invention de la monnaie d’électron : en Lydie au VIIe siècle avant Jésus- Christ »

[3] Anticopedie.fr, « Les monnaies grecques »

[4] Persee.fr, « Monnaie multiple et monnaie frappée en Grèce archaïque »

[5] Persee.fr, « La Genèse et les premières réductions du monnayage romain »

[6] Essentiels.bnf.fr, « Le système monétaire médiéval »

[7] Archive.wikiwix.com, « Préliminaires de paix à Brétigny »

[8] Citeco.fr, « Premiers billets ou « papiers monnaies » »

[9] Citeco.fr, « Le premier billet de banque européen »

[10] Histoire-et-civilisations.com, « Naissance du billet de banque : la Suède, pionnière en 1661 »

[11] Citeco.fr, « Instauration du cours légal pour les billets de banque en France »


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