Histoire de l'économie

Le coût des études supérieures en France, aux États-Unis et au Canada : histoire comparée

GL
Guillaume Longuépée
18 mai 2026
6 min de lecture
Histoire de l'économie
Le coût des études supérieures en France, aux États-Unis et au Canada : histoire comparée

En France, un étudiant peut s’inscrire à l’université avec des frais de scolarité qui s’élèvent à quelques centaines d’euros par an. Au Canada et aux États-Unis, le coût des études supérieures peut atteindre plusieurs milliers voire dizaines de milliers de dollars. Les raisons sont simples. Ces écarts ne s’expliquent pas uniquement par les budgets universitaires. Ils racontent trois histoires différentes : celle d’un service public national, celle d’un marché de l’éducation et celle d’un compromis provincial.

La France : le modèle de l’université gratuite 

L’histoire de l’enseignement supérieure en France montre une transition majeure d’un modèle médiéval de corporations autonomes vers un service public centralisé.

Avant 1789, les universités fonctionnent comme des communautés de maîtres et d’étudiants[1]. Cela change en 1793 avec la Convention qui ordonne leur fermeture[2].  En 1806, Napoléon Ier réorganise le système avec l’Université impériale. Il instaure des grades : baccalauréat, licence et doctorat[3]. Désormais, l’enseignement supérieur devient un outil de l’État pour former ses cadres. Le coût des études n’est pas uniformisé mais il repose sur des mécanismes de privilèges ciblés[4]. Par exemple, les fils de professeurs bénéficient du privilège de la gratuité des études[5]. C’est pendant la IIIe République (1870-1940) que la notion de service public s’affirme. En 1877 sont donc créées les bourses de licence et d’agrégation[6].

Ce système est géré depuis les bureaux ministériels avec des programmes et des tarifs uniformisés pour garantir l’égalité d’accès aux études. L’objectif des bourses est de faire émerger des talents de milieux modestes. En 1893, on annonce environ 34 bourses étudiantes en science et 65 en lettres pour l’ensemble du pays dont le montant s’élevait généralement 1 200 francs[7]. Le coût est élevé autant pour l’État que pour les familles car un budget étudiant à Paris à la fin du XIXe siècle atteignait entre 2 400 et 3000 francs an[8]. Par exemple en 1904, le crédit alloué par l’État pour les bourses de licence en lettres s’élevait à 99 600 francs[9]. Mais on constate une grande évolution à partir de l’année 1968. Le coût d’une année universitaire est presque entièrement pris en charge par l’État, laissant à la charge des étudiants des frais pour les droits d’inscription. Aujourd’hui, ils s‘élèvent à environ 170€ pour une licence, 243€ pour un master et 380€ pour un doctorat[10].

graduation

Les États-Unis : un marché de l’éducation

Aux États-Unis, les universités étaient perçues comme un « bien commun »[11]. Au XIXe siècle, de nombreuses universités sont encore gratuites ou peu coûteuses comme car la société considérait que former des leaders profitait à tous[12]. Le basculement vers une logique de marché est donc apparu en plusieurs étapes.

À la fin du XIXe siècle, on introduit un système d’options qui permet à l’étudiant de composer son programme[13]. Ce qui transforme le savoir en produit adapté et industriel. Petit à petit, les universités entrent en concurrence pour attirer les meilleurs professeurs et des financements privés. Entre 1980 et 1994, les frais de scolarité dans les universités publiques ont augmenté de 234%[14]. Plusieurs facteurs expliquent cette cause. Tout d’abord, la part de revenus des universités provenant des crédits d’État est passée de 56% à 42%[15]. Pour compenser, les établissements ont augmentés les frais de scolarité. De plus, les frais administratifs ont bondi de 131% pour répondre aux exigences de conformité des lois et les salaires des professeurs ont augmenté de 97%[16]. Aujourd’hui, le prix moyen d’une année d’études pour un étudiant américain dans une université publique se situe entre 3 000$ et peut dépasser les 10 000$[17]. La dette étudiante aux États-Unis est colossale avec un montant total de 1 700 milliards de dollars[18].

Le Canada : un compromis provincial

L’histoire de l’éducation au Canada est marquée par une décentralisation et une gestion exclusive des provinces. Ce qui laisse place à un paysage éducatif aux visages multiples pour le financement de l’enseignement supérieur.

La Constitution de 1867 a confié de manière exclusive la gestion de l’éducation aux provinces. Cela a abouti à la création de 13 systèmes éducatifs autonomes[19]. On assiste à un dualisme historique dès le XIXe siècle avec un modèle Anglo-protestant très influent en Ontario et un modèle Franco-catholique au Québec[20]. Le Québec a une spécificité car jusqu’à la période de la Révolution tranquille (1960-1970), les études supérieures étaient contrôlées par l’Église[21].

Au XIXe siècle, les universités sont des petites institutions financées par des dons privés, l’Église ou bien des gouvernements coloniaux[22]. Par exemple, l’Université Western en 1881 exige 15$ l’année, soit 250$ CAD actuels[23]. Seule une infime partie de la population fréquente les universités à cette époque. Durant la majeure partie du XXe siècle, les prix n’augmentent pas pour la population et l’éducation est accessible[24]. Cependant, dès les années 1980, les gouvernements commencent à réduire leur part de financement, ce qui oblige les familles à payer davantage[25]. En 1995, le gouvernement fédéral réduit les transferts aux provinces de 7 milliards de dollars[26]. Les frais de scolarité moyens de premier cycle passent donc à 1464$ CAD[27]. Les hausses des frais de scolarité ont été brutales pour les programmes professionnels, notamment en Ontario avec une augmentation de 241% en médecine et 315% en dentisterie. Ainsi, le financement public pour les études supérieures est passé d’environ 80% à seulement 57% aujourd’hui[28]. En 2026, le prix moyen pour une année d’études débute aux alentours de 3 000$ CAD et peut également dépasser les 10 000$ CAD[29].

Références

[1] https://shs.cairn.info/histoire-de-l-enseignement-en-france-xixe-xxie-sie–9782200613334-page-83?lang=fr

[2] https://shs.cairn.info/histoire-de-lenseignement-superieur-en-france-xixsupesup-xxisupesup–9782200642402-page-353?lang=fr

[3] https://shs.cairn.info/histoire-de-l-enseignement-en-france-xixe-xxie-sie–9782200613334-page-83?lang=fr

[4] https://books.openedition.org/pur/113771

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] https://www.studely.com/fr/post/combien-coutent-les-etudes-superieures-en-france

[11] https://www-history-com.translate.goog/articles/american-colleges-tuition-free?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sge&_x_tr_hist=true

[12] Ibid.

[13] https://journals.openedition.org/lisa/3053

[14] https://www.govinfo.gov/content/pkg/GAOREPORTS-HEHS-96-154/pdf/GAOREPORTS-HEHS-96-154.pdf

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] https://worldpass.heyme.care/fr/blog/le-coût-des-études-aux-États-unis

[18] https://www.govinfo.gov/content/pkg/GAOREPORTS-HEHS-96-154/pdf/GAOREPORTS-HEHS-96-154.pdf

[19] https://www.cmec.ca/Publications/Lists/Publications/Attachments/64/Education-au-Canada2008.pdf

[20] https://classiques.uqam.ca/contemporains/Lessard_Claude/Education_au_Canada_apercu_historique/Education_au_Canada_apercu_historique_texte.html

[21] Ibid.

[22] https://www.cst.org/fr/savings/blogue/une-retropective-du-cout-des-etudes-universitaires-au-canada

[23] Ibid.

[24] https://www.vccollege.ca/PDF/Fact-Sheet-fees-2013-Nov-En.pdf

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] Ibid.

[28] Ibid.

[29] https://univcan.ca/fr/a-propos/faits-et-statistiques/frais-de-scolarite-par-universite/

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Guillaume Longuépée
Journaliste

Journaliste au Club du Patrimoine by Adomos.

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