Dans la mémoire française, la guerre d’Indochine reste associée à un évènement : la défaite de Diên Biên Phu en mai 1954. Cependant, réduire cette guerre coloniale en Asie à une défaite militaire serait en masquer une dimension importante. La guerre et la perte de l’Indochine pour la France a aussi été une catastrophe économique et budgétaire pour la IVe République. Dans un contexte de reconstruction économique après la Seconde Guerre mondiale, ce conflit révèle l’impossibilité pour la France d’entretenir ses colonies. L’hexagone découvre que ses ambitions coloniales ne correspondent plus à ses moyens financiers.
Les origines du conflit
Le gouvernement du Vietminh est formé en 1941, c’est une organisation politique qui vise à rendre le Vietnam indépendant. En 1945, Hô Chi Minh qui est le leader de l’organisation, proclame la République du Vietnam. Au mois de mars 1946, le gouvernement français et la République du Vietnam signent les « accords de mars » qui stipulent que la France reconnaît désormais la République du Vietnam comme un « État libre ». [1] Cependant, cette reconnaissance est fragile et le gouvernement Vietminh n’est reconnu par aucun État, à l’exception de la France « d’une certaine manière ». [2]
Le 23 novembre 1946, l’action militaire française nommée « le bombardement d’Haïphong » contre le Vietminh engendre 6 000 morts dans le nord du Vietnam selon la version vietnamienne. [3] Pour Hô Chi Minh, cette attaque française est l’élément déclencheur pour se présenter comme le défenseur de l’indépendance nationale. Le Vietminh lance une insurrection contre les troupes françaises à Hanoï le 19 décembre 1946 et la guerre est officielle. [4]
Le financement de la guerre d’Indochine

Le coût de la guerre d’Indochine est colossal. En parallèle d’une importante désorganisation administrative, la nature principale des dépenses est l’entretien des effectifs militaires pour lequel la France a besoin d’aide extérieure à hauteur de 40%. [5]
Officiellement, le coût de cette guerre s’élève à 1 800 milliards de francs pour la France, bien que ce montant représente 60% du coût total du conflit. [6] L’essentiel des dépenses se trouve donc dans l’entretien des effectifs militaires car la France connaît une croissance massive d’hommes entre 1946 et 1954. [7] On passe d’un noyau initial de 50 000 hommes en métropole à 300 000 au fil des années. [8] En plus de cela, il faut compter sur 73 000 légionnaires, 130 000 Nord-Africains et 60 000 Africains. [9] La faiblesse administrative crée une désorganisation pour la gestion des fonds. Les crédits destinés à l’Indochine ne figurent pas sous une ligne budgétaire unique mais sont répartis entre plusieurs ministères. [10]
Au cours de la guerre, la gestion des fonds circule donc entre différentes administrations : France d’Outre-mer, les États associés et la Défense nationale. La France reçoit de l’aide américaine en Indochine. Les Américains n’interviennent pas de prime abord pour des raisons économiques, bien qu’ils ne soient pas insensibles aux ressources de l’Asie du Sud-Est. [11] Leur soutien financier est avant tout justifié par des motifs politiques liés au rapport de force entre l’Est et l’Ouest dans le cadre de la Guerre Froide. En 1953-1954, Washington aide la France à hauteur de plus d’un milliard de dollars. [12] Les Américains livrent aussi du matériel tels que des bombardiers moyens B-26. [13] Cependant, ils n’interviennent pas directement.
Les conséquences pour la France et la IVe République
La guerre se termine en mai 1954 lorsque la France perd la célèbre bataille de Diên Biên Phu face aux forces du Vietminh. Les accords de Genève sont signés au mois de juillet de la même année et scellent la disparition de la souveraineté française dans la région. [14] La perte de ce territoire a un grand impact économique sur la France et contribue à l’endettement de la IVe République. [15] Ce conflit laisse place à trois pays : le Cambodge, le Laos et le Vietnam (qui est scindé en deux). Cette défaite a forcé la France à devoir s’adapter à la perte de ses privilèges en trouvant de nouveaux rapports économiques avec ces États indépendants. La France connaît donc un déclin industriel important, notamment avec les mines de charbon.
Sur les 3 000 milliards de francs qu’a coûté le conflit au total, la France en a payé 1 800 milliards. [16] Ce financement de la part de la France a donc entraîné une inflation et des dévaluations successives entre 1948 et 1950. [17] Au plus fort de l’engagement, les crédits militaires de la France avaient même atteint 10% du budget national. [18] Le point très important est surtout l’effacement de la France au profit des États-Unis. Au fur et à mesure du conflit, la France ne payait plus que 20% du conflit et les Américains avaient pris le relais. [19] Parallèlement aux aides versées aux Français, les États-Unis versaient aussi une aide directe aux nouveaux États (Vietnam, Laos, Cambodge) pour préparer la défaite de la France. Les Américains ont donc pu préparer le terrain pour leur influence d’après-guerre sur les territoires concernés. [20]
Références :
- https://shs.cairn.info/magazine-hist-l-hisoire-les-collections-2010-4-page-48?lang=fr
- Ibid.
- https://shs.cairn.info/revue-strategique-2009-1-page-339?lang=fr
- Ibid.
- https://www.persee.fr/doc/ihtp_0769-4504_1996_num_34_1_2380
- Ibid.
- Ibid.
- https://www.defense.gouv.fr/terre/actualites/1945-1954-larmee-terre-guerre-dindochine
- Ibid.
- https://www.persee.fr/doc/ihtp_0769-4504_1996_num_34_1_2380
- Ibid.
- https://journals.openedition.org/rha/2243?lang=en
- Ibid.
- https://shs.cairn.info/indochine-la-colonisation-ambigue–2707134120-page-325?lang=fr
- Ibid.
- https://www.jstor.org/stable/pdf/45344627.pdf?refreqid=fastly-default%3Aedb952fe073f8efeb4e8fad42585cb38&ab_segments=&initiator=&acceptTC=1
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.
- Ibid.