L’inflation, souvent perçue comme un phénomène contemporain, elle traverse pourtant l’histoire économique française depuis plus de deux siècles. De la Révolution française, en passant par les guerres et les chocs pétroliers, les causes de l’inflation sont multiples. Les périodes d’inflation révèlent les principales fragilités de l’économie lors des moments de chocs majeurs.
La création de nouveaux assignats
Après la nuit du 4 août 1789 où l’on vote pour l’abolition des privilèges et la suppression des impôts indirects, un problème se pose : comment financer l’action publique ?
L’assignat désigne la nouvelle monnaie fiduciaire qui est mis en place pendant la Révolution française en 1790. [1] Dans les années qui suivent, la France entre en guerre contre la Première Coalition en 1792 et la guerre de Vendée (1793-1796) éclate. Elle oppose royalistes et républicains. [2]
Pour éviter toute catastrophe économique, l’Assemblée réévalue les domaines nationaux puis nationalise les biens des émigrés et des condamnés de la Révolution. Jusqu’au milieu de l’année 1790, l’assignat conserve sa valeur mais il perd 15% en 1791 et 64% en 1793. [3] L’Assemblée décide donc que toutes les réserves doivent être déclarées de la part des marchands. Ils doivent aussi les mettre en vente, sous peine de mort. La Terreur monétaire commence. La Convention nationale (assemblée élue au suffrage universel en 1792) fixe un maximum pour le prix des grains et des salaires. Ainsi, un marché noir se développe et chaque marchandise a deux prix : un en papier, l’autre en nature. [4]
C’est après la chute de Robespierre en 1794 que les prix sont libérés (Bourse, changes, métaux etc.) mais la Convention nationale n’a plus d’autres choix que de relancer l’inflation. [5] En avril 1795, on annonce la fabrication de 3,2 milliards d’assignats nouveaux. [6]
Avec l’arrivée du Directoire en 1795, le rythme des émissions passe de 700 millions par mois à 5 milliards. [7] S’en suit alors une longue période de disette frappant les gens à revenus fixes. En 1797, l’assignat ne veut plus que 1% de sa valeur monétaire initiale. Le Directoire procède à sa démonétisation pour en revenir à une monnaie métallique. [8]
L’après-Première Guerre mondiale

Lors de la Grande Guerre, les productions industrielles et agricoles ont diminué. La France est contrainte de s’endetter pour pallier cela et pour subvenir aux dépenses de la guerre. Dès l’année 1917, l’indice des prix alimentaires augmente de 34% durant les six premiers mois et l’indice des prix de détail augmente de 30% entre avril et juillet. [9] Cela ne cessera d’augmenter même après la fin de la guerre. À partir de 1919, on aperçoit surtout une baisse de la valeur du franc. [10]
Le principal problème de l’inflation d’après-guerre est que les Alliés ont arrêté de soutenir le franc. Ceci a donné un aspect international à l’inflation qui atteindra jusqu’à 39,5% en 1920. [11] Pour pallier cela et le déficit budgétaire de 26 000 millions de francs, l’État s’appuie sur les « Bons de la Défense nationale » (c’est-à-dire les titres financiers émis par le Trésor public). Ils représentent 61,8% de l’actif des banques à l’époque. [12] En 1921, la situation reste tendue car le déficit est toujours de 9 200 millions de francs. [13]
Malheureusement, les banques de dépôts sont saturées de titres publics et le papier du Trésor public constitue environ 87% du portefeuille d’escompte. [14] Il faudra attendre l’année 1926 pour revoir apparaître une stabilisation de la politique monétaire.
Les chocs pétroliers
Les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont marqué la fin des Trente Glorieuses en France. Le premier est lié à la guerre du Kippour lorsque le 6 octobre 1973, la coalition des pays arabes mène une offensive contre Israël. Le second est dû au commencement de la révolution iranienne en septembre 1978. Ces deux évènements vont faire augmenter fortement le prix du pétrole à la suite des décisions de l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole).
En 1973, pour répondre au soutien des Américains envers Israël, les pays membres de l’OPEP prennent une décision. Ils se réunissent et décident d’une hausse de 70% des prix du pétrole en plus d’une réduction progressive de la production de 5% par mois. [15] Alors que le pétrole représente 46% du mix énergétique mondial, le baril passe donc de 2,60 dollars à 11,65 dollars en 1974. [16]
Cela fragilise les prix des pays fortement dépendants du pétrole. En France, le PIB se divise par deux et la croissance économique n’atteint plus que 2,3% en 1975. [17] La hausse des prix est flagrante, elle était de 6% au début des années 1970 et passe à 15,2% en 1974. [18] Le prix de l’essence est la principale cause de la baisse du pouvoir d’achat. À l’époque, 75% des ouvriers possèdent une voiture. [19] Le gouvernement encourage donc la population à ne plus prendre la voiture et n’augmente pas le prix des transports en commun. Certaines personnes vont également chercher l’essence dans d’autres pays, tels que la Belgique. [20]
Après ce premier épisode, le prix du baril ne cesse d’augmenter lors du deuxième choc pétrolier. Il passe de 13 dollars à 35 dollars en mai 1979. [21] En 1980, l’OPEP signe l’arrêt des exportations du pétrole iranien et maintien des prix élevés sur le long terme. [22] Ce second choc alourdie la facture pétrolière de la France. Elle passe de 50 à 65 milliards de francs au cours de l’année 1979 et dépasse les 100 milliards après les années 1980. [23] Ainsi, on compte une hausse des prix de 15,7% pour l’essence, 16,3% pour le gaz et 37,3% pour le fuel. [24]
Références :
[1] Lien : https://www.aucoffre.com/academie/revolution-francaise-hyperinflation/
[2] Lien : Ibid.
[3] Lien : Ibid.
[4] Lien : Ibid.
[5] Lien : https://histoire-image.org/etudes/debacle-assignats
[6] Lien : Ibid.
[7] Lien : Ibid.
[8] Lien : Ibid.
[9] Lien : https://www.persee.fr/doc/estat_1149-3720_1951_num_6_3_8543
[10] Lien : Ibid.
[11] Lien : https://shs.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2017-3-page-123?lang=fr#s1n3
[12] Lien : https://www.persee.fr/doc/reco_0035-2764_1980_num_31_4_408546#:~:text=Résumé%20(fre),en%20faveur%20de%20la%20stabilisation
[13] Lien : Ibid.
[14] Lien : Ibid.
[15] Lien : https://www.lafinancepourtous.com/juniors/lyceens/les-crises/les-chocs-petroliers-1973-1979/
[16] Lien : Ibid.
[17] Lien : https://major-prepa.com/economie/crise-1973-debut-fin/#:~:text=1973%20et%201979.-,Conclusion,apparition%20de%20nouveaux%20enjeux%20économiques
[18] Lien : Ibid.
[19] Lien : https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000423/les-consequences-du-premier-choc-petrolier-pour-les-automobilistes.html
[20] Lien : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/petrole-essence-pompe-station-prix
[21] Lien : https://www.lafinancepourtous.com/juniors/lyceens/les-crises/les-chocs-petroliers-1973-1979/
[22] Lien : Ibid.
[23] Lien : https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000429/le-second-choc-petrolier-1979-provoque-une-nouvelle-hausse-du-prix-de-l-essence.html
[24] Lien : Ibid.