La dette publique française : une controverse depuis les Temps Modernes

Aujourd’hui présentée comme un fardeau, la dette publique française occupe une place centrale dans le milieu politique. Apparue au Moyen Âge avec Saint Louis, elle s’accroît réellement lors des Temps Modernes (1453-1789). Dans l’histoire de France, les dettes publiques sont assimilées aux souverains ayant besoin d’argent pour gouverner, faire la guerre ou encore investir.

Le grand emprunt de François Ier

emprunt de françois premier

Le premier grand emprunt d’État est créé lors du règne de François Ier (1515-1547). En pleine rivalité avec l’empereur Charles Quint, qui s’illustre notamment lors des fameuses guerres d’Italie, François Ier va avoir besoin d’argent pour financer l’armée.

Après la bataille de Pavie en 1525 et la défaite du royaume de France, François Ier se retrouve ruiné… Il tente de raviver les finances du royaume en doublant le montant de certains impôts comme la taille et la gabelle. Il augmente diverses autres taxes et met en vente des charges publiques lucratives. C’est en 1535 qu’il lance le premier emprunt public, d’un montant de 200 000 livres auprès de la population de Paris. Cet emprunt est garanti sur les recettes de l’Hôtel de Ville et prend forme d’une rente perpétuelle de 5%.[1]

Hélas, le royaume de France se retrouve endetté d’un montant de 7 millions de livres lorsque Henri II monte sur le trône en 1547. [2] Ses successeurs tels que Henri III, Henri IV ou encore Louis XIII vont avoir du mal à rembourser et vont recourir à d’autres emprunts avec des taux d’intérêts parfois plus importants… En 1648, c’est ce qui entraîne l’une des crises qui a fait le plus de mal au royaume de France : la Fronde. [3]

La dette publique alourdie par Louis XVI

Arrivant au pouvoir en 1774, Louis XVI hérite des erreurs de ses prédécesseurs. Particulièrement les dépenses liées à la guerre de Sept Ans (1756-1763) ou encore à la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714). La trésorerie du royaume est au plus bas et la dette du royaume de France est un poison pour l’État.

Sous le règne de Louis XVI, la dette de l’État s’alourdie avec la guerre d’Indépendance américaine (1775-1782). Son prédécesseur ayant perdu la guerre de Sept Ans, Louis XVI va aider les treize États unis d’Amérique à combattre face aux Britanniques. Il dépense plus d’1,6 milliards de livres au total lors de cette guerre. [4] Bien que l’aide de Louis XVI soit bénéfique, la dette explose et le royaume se retrouve endetté à près de 4 milliards de livres en 1788, soit environ 80% de la richesse totale du royaume. [5]

Une stabilité de courte durée au XIXe siècle

La dette publique alourdie par Louis XVI

Au sortir de la Révolution française, la dette baisse grâce au ministre des Finances du Directoire Dominique Ramel. Il fait voter une loi qui annule les deux tiers de la dette en cours et met en place de nouveaux impôts pour réorganiser les finances. Les guerres napoléoniennes font également baisser le niveau d’endettement de l’État grâce aux montants gagnés lors de celles-ci. En 1815, la dette est évaluée à 15% du PIB et non plus 80% comme en 1788. [6]

Malgré cette évaluation positive au début du XIXe siècle, la France chute de nouveau après la défaite de Sedan et la fin du Second Empire en 1870. À cette période, la dette publique s’élève à environ 12 milliards de francs, soit environ 55% du PIB de la France. La France donne l’Alsace et la Lorraine à la Prusse de Bismarck et perd donc 20% de son PIB.

Le premier président de la IIIe République Adolphe Thiers doit également 5 milliards de francs d’indemnités de guerre aux Prussiens et réalise un emprunt pour les verser. [7] Avec l’apparition des nouvelles réformes républicaines lors des années 1880, la dette publique atteint un maximum de près de 120% du PIB en 1887-1888 et se maintient autour de 110% jusqu’en 1895.[8]

Le choc des deux Guerres mondiales

Bien qu’un niveau de stabilité soit trouvé dès la fin du XIXe siècle, la France au cours du XXe siècle va devoir financer les deux conflits mondiaux dans lesquels elle est impliquée.
À l’issue de la Première Guerre mondiale (1914-1918), la France doit couvrir des dépenses budgétaires exceptionnelles. Les charges de reconstruction qui doivent être payées par l’Allemagne sont en réalité payées par la France. On compte 51 milliards de francs pour la dette publique intérieure et 25,9 milliards pour les avances de la Banque de France ainsi que de la Banque de l’Algérie. [9]

Dans les années qui ont suivi, la France a tenté de se mettre en place sur de nouveaux marchés financiers pour renflouer les caisses. Bien que dévastatrice, À l’issue de la Première Guerre mondiale (1914-1918), la France doit couvrir des dépenses budgétaires exceptionnelles. Bien que dévastatrice, cette guerre l’est moins que la deuxième déclenchée par l’Allemagne.

En 1939, la France a réussi à ramener son niveau de dette autour de 100-110% de son PIB. [10] Cependant, après la Libération de Paris en 1944, la dette est estimée à environ 270% du PIB français. [11] Notamment avec l’emprunt lancé par le Gouvernement Provisoire de la République Française en novembre 1944 qui s’élève à 164,4 milliards de francs pour relancer le pays. Les Américains mettent donc en place le Plan Marshall pour aider l’Europe et la France à se relever.

Références :

[1] Lien : https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/epoque-moderne/en-france-leternel-retour-de-la-dette-publique-95353.php

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Lien : https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1955/implication-francaise-dans-la-guerre-dindependance/

[5] Lien : https://www.nationalgeographic.fr/histoire/la-dette-poison-de-ancien-regime-france-monarchie-histoire

[6] Lien : https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/lhistorique-des-crises-de-la-dette

[7] Lien : https://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/dtravail/WP2015-09.pdf

[8] Ibid.

[9] Lien : https://books.openedition.org/igpde/1853?lang=fr

[10] Lien : https://www.forbes.fr/business/record-absolu-premier-poste-de-depense-5-faits-surprenants-sur-la-dette-francaise/

[11] Ibid.

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